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26/06/2015 10:37 EDT | Actualisé 26/06/2016 01:12 EDT

Contenir les capitaux, éviter la contagion: les deux urgences en cas de "Grexident"

Si les négociations échouent ce week-end, Athènes et ses partenaires devront en urgence ériger des digues pour contenir les capitaux en Grèce, garder les banques à flot et éviter toute contagion aux autres pays européens.

Une ultime réunion des ministres des Finances de la zone euro a été convoquée samedi et elle sera "cruciale", "décisive", "finale", pour reprendre les termes utilisés dans la nuit de jeudi à vendredi par les chefs d'Etat et de gouvernement européens.

Si Athènes, ses créanciers (Fonds monétaire international, Banque centrale européenne) et les autres Etats de la zone euro ne trouvent pas d'accord sur un programme d'efforts budgétaires, le pays sera certainement dans l'incapacité le mardi 30 juin d'effectuer un remboursement au FMI. A cette même date, le dernier plan d'aide international à la Grèce expire.

C'est donc dès lundi, à l'ouverture des marchés, que pourrait se produire "l'accident sur la Grèce" ou "Grexident", des turbulences financières susceptibles de provoquer à moyen terme un "Grexit", l'éjection de la zone euro.

Qu'elles le disent ouvertement ou non, les capitales européennes, Athènes compris, préparent les premiers secours.

Selon Jésus Castillo et Alan Lemagnen, analystes de Natixis, le gouvernement grec pourrait fermer les banques lundi, pour éviter que les épargnants et les investisseurs, paniqués, ne se ruent au guichet. Et faire voter mardi des mesures de contrôle des capitaux.

Dans la courte histoire de la zone euro, il n'y a qu'un précédent. Chypre avait au printemps 2013 limité de manière drastique les virements à l'étranger et les sorties d'argent liquide. La mesure n'a été levée qu'en avril dernier, après avoir été toutefois progressivement assouplie.

Tandis que la Grèce tâchera de colmater les fuites, le reste de la zone euro devrait s'activer, toujours en cas d'échec retentissant des discussions samedi, pour empêcher toute "contagion".

Cette "contagion" observée après 2010 vers le Portugal, l'Espagne ou l'Irlande, peut prendre deux formes. La première: une flambée des taux d'intérêt de ces pays "périphériques", à cause de la défiance des investisseurs. La deuxième: une déstabilisation des banques d'autres pays, détentrices de créances sur la Grèce.

- La BCE en première ligne -

Dans un cas comme dans l'autre, les ministres européens le répètent à l'envi, des "pare-feux" ont été dressés. La zone euro s'est dotée d'une union bancaire, les banques européennes ont beaucoup réduit leur exposition à la Grèce, les investisseurs ne mettent plus tous les pays du Sud dans le même sac.

Pour le reste, une fois de plus, la BCE sera en première ligne pour jouer les pompiers, expliquent les économistes.

Elle pourrait muscler un peu son "QE", son programme d'achats d'obligations soigneusement calibré et déjà en cours. Voire activer un grand plan d'achat de dette publique, jamais utilisé, le "Outright Monetary Transactions" ou OMT. Ce programme, dont la simple annonce en 2012 avait calmé les marchés, vient justement d'être validé par la Cour de justice européenne.

Pour Alexandre Delaigue, professeur d'économie à Lille, il ne faut pas attendre de "couperet" ces prochains jours mais imaginer une BCE qui "achète du temps pour permettre aux discussions de continuer".

Cela suppose que Francfort ne coupe pas tout de suite la ligne de financement qui permet aux banques grecques de survivre, l'"ELA". Déjà très critiqué par la Bundesbank et d'autres, ce dispositif sera violemment remis en cause si la Grèce fait défaut face au FMI le 30 juin.

Comment le chef de la BCE Mario Draghi pourrait-t-il alors justifier de continuer à financer le système bancaire d'un pays de facto en cessation de paiement? "Il sera mis sous pression, de manière très intense, pour au moins durcir les conditions de ce financement", mais dans le même temps, "la BCE ne veut pas prendre la décision politique" d'éjecter la Grèce du circuit monétaire européen, souligne Diego Iscaro, économiste de la société d'études privée IHS.

La Grèce serait alors dans une zone grise, et pourrait selon M. Delaigue "prendre le chemin du Monténégro", pays qui utilise certes des euros, mais sans être membre ni de la zone euro, ni même de l'Union européenne.

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