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26/06/2015 09:39 EDT | Actualisé 26/06/2016 01:12 EDT

Arménie: le gouvernement et les manifestants restent campés sur leurs positions

Des centaines d'Arméniens continuaient de protester vendredi dans le centre d'Erevan contre l'augmentation programmée des tarifs de l'électricité, le gouvernement refusant de revenir sur sa décision une semaine après le début des manifestations.

Jeudi soir, environ 12.000 protestataires s'étaient regroupés devant le palais présidentiel, pour la plus importante manifestation antigouvernementale depuis des années. Plusieurs centaines d'entre eux ont ensuite campé toute la nuit sur la place centrale d'Erevan, bloquant la principale artère de la capitale arménienne.

Les manifestants continuaient au 8e jour de protestations de maintenir la pression sur le gouvernement, alors même que le Premier ministre arménien, Hovik Abrahamian, a affirmé jeudi qu'il ne reviendra pas sur sa décision d'augmenter de 16% les tarifs d'électricité à partir du 1er août.

Cette hausse est destinée à "assurer la sécurité énergétique du pays" et à éviter "les coupures de courant régulières qui mènent à des conséquences irréparables pour l'économie du pays", a affirmé le ministre. Selon lui, elle ne coûtera en moyenne que 2,70 euros par mois aux foyers arméniens.

Son refus a renforcé la motivation de certains manifestants, qui ont passé la nuit de jeudi à vendredi à scander des slogans.

"Nous sommes prêts à rester de nombreux jours", a déclaré à l'AFP un jeune manifestant, Haïk Petrossian. "Nous devenons de plus en plus forts. Le gouvernement ne doit pas espérer que nous allons nous fatiguer et arrêter notre combat".

Commencées le 19 juin, les manifestations ont gagné en importance après que quelques centaines de manifestants campant devant le palais présidentiel eurent été violemment dispersés mardi matin, la police interpellant 237 manifestants.

La société, Réseaux d'électricité d'Arménie (ENA), qui gère la distribution de l'électricité dans cette ex-république soviétique du Caucase de 3,2 million d'habitants très dépendante de la Russie, a expliqué qu'une augmentation de l'électricité était nécessaire en raison d'une forte dévaluation de la monnaie locale, le dram.

L'entreprise appartient au producteur d'électricité russe Inter-RAO, détenu par l'homme d'affaires Igor Setchine, considéré comme un proche de Vladimir Poutine.

La sphère politique russe craint que ces manifestations ne se transforment en un soulèvement populaire similaire à celui du Maïdan, à Kiev, qui a mené à la destitution le président ukrainien prorusse Viktor Ianoukovitch en février 2014.

"Nous nous battons pour nos droits, il n'y a pas de Maïdan en Arménie", a opposé Armen Mkrchtchian, un manifestant. "Nous n'avons pas de revendications politiques".

Les analystes rappellent cependant que les manifestants s'attaquent à une entreprise symbole de la mainmise russe sur les atouts les plus précieux de l'économie arménienne. L'Arménie a été durement touchée par la crise de son grand voisin la Russie, frappée par des sanctions occidentales et fragilisée par la baisse du cours du pétrole.

Erevan avait fait le choix en 2013 de renoncer à un rapprochement économique avec l'Union européenne, préférant intégrer à sa place l'Union économique eurasiatique menée par la Russie, cette dernière représentant 23% de ses exportations.

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