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25/06/2015 22:00 EDT | Actualisé 25/06/2016 01:12 EDT

A l'heure des funérailles, Charleston attend les mots d'Obama

Neuf jours après une sanglante attaque au coeur d'une église symbole de la lutte pour les droits civiques, la petite ville de Charleston, en Caroline du Sud, attend les mots de Barack Obama sur un drame qui a profondément ébranlé l'Amérique.

Le président américain prononce vendredi en début d'après-midi l'éloge funèbre du pasteur Clementa Pinckney, figure de la communauté noire locale, tombé avec huit paroissiens sous les balles de Dylann Roof, 21 ans, jeune suprémaciste blanc.

Pour M. Obama, ces "meurtres insensés" renvoient à deux questions épineuses de sa présidence: le contrôle des armes à feu, sur lequel il n'a jamais réussi - malgré plusieurs tentatives - à faire bouger les lignes, et les tenaces divisons raciales de la société américaine.

Plusieurs milliers de personnes sont attendues pour une cérémonie dans les locaux de l'Université de Charleston, à deux pas de l'église Emanuel où, depuis le drame du 17 juin, des inconnus continuent à déposer fleurs, bougies, ballons, et drapeaux américains.

Cet édifice aux murs de briques blancs avec clocher coiffé d'une girouette, est un repère historique de la ville.

Selon la Maison Blanche, M. Obama entend insister sur le parcours du pasteur, élu démocrate du Sénat de Caroline du Sud, qu'il avait rencontré à plusieurs reprises, qui peut être une "véritable source d'inspiration pour d'autres".

Mercredi, des milliers de personnes lui avaient rendu un dernier hommage en défilant devant son cercueil exposé au parlement de Columbia, la capitale de l'Etat.

Jacqueline Dupree 44 ans, pasteur à Gainesville en Floride (sud-est), dans une église de la même congrégation (African Methodist Episcopal Church), est venue pour "le besoin de se rassembler", et pour entendre "des mots de réconfort" de la part du premier président noir de l'histoire des Etats-Unis.

Pour elle, la fusillade - "un acte de terrorisme raciste" selon les termes d'Hillary Clinton - a marqué en tournant: "les drapeaux confédérés sont en train d'être retirés - il était plus que temps -, des échanges ont lieu", explique-t-elle, évoquant ce drapeau datant de la Guerre de Sécession, symbole pour nombre d'Américains du passé raciste de leur pays.

"Cette tragédie peut être un catalyseur de changement", affirme en écho Richard Case, employé municipal à Atlanta, venu avec ses trois enfants de 4, 7 et 9 ans, car il voulait "faire partie de l'histoire". "Il s'agit de faire tomber quelque chose de vieux pour reconstruire du neuf".

- 'Franchir un cap' -

Dès jeudi, nombre d'anonymes avaient commencé à converger vers Charleston pour les premières obsèques, d'autres étant prévues tout au long du weekend.

"Cela peut nous permettre de franchir un cap, nous devons nous appuyer sur cet épisode pour avancer et ne jamais revenir en arrière", a souligné le militant des droits civiques Jesse Jackson, qui a participé à un service religieux pour Sharonda Singleton, 45 ans, l'une des neuf victimes noires.

Outre Barack Obama et son épouse Michelle, le vice-président Joe Biden et de nombreux élus du Congrès, au premier rang desquels le président républicain de la Chambre des représentants John Boehner, seront présents.

Il y a deux ans et demi, après la tuerie de l'école primaire de Sandy Hook, dans laquelle 20 enfants avaient trouvé la mort, M. Obama avait déjà prononcé un discours dans un pays bouleversé. Egrenant lors d'une cérémonie oecuménique les noms des 20 enfants tués dans leur école, il avait appelé l'Amérique à changer, pour que "ces tragédies prennent fin".

Quatre mois plus tard, le Sénat enterrait la réforme qu'il appelait de ses voeux et qui aurait en particulier rendu obligatoires les vérifications d'antécédents judiciaires et psychiatriques avant l'achat d'armes dans des foires spécialisées.

"Soyons clairs", a-t-il lancé, visage crispé, au lendemain de la fusillade de Charleston, "à un certain moment, nous devrons admettre le fait que ce type de violence n'arrive pas dans d'autres pays développés, pas ailleurs avec la même fréquence".

"Nous devons être capables, collectivement, de faire évoluer notre façon de penser sur les violences par armes", avait-il ajouté, sans illusions sur la possibilité une avancée législative sur ce thème avant son départ de la Maison Blanche, en janvier 2017.

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