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25/06/2015 09:55 EDT | Actualisé 25/06/2016 01:12 EDT

Le président sud-africain dévoile le rapport d'enquête sur la tuerie de Marikana

Trois ans après la tuerie de Marikana en Afrique du Sud, où 34 mineurs sont tombés sous les balles de la police, le président Jacob Zuma devait rendre public le rapport d'enquête jeudi soir et le commenter dans une allocution télévisée.

C'est à 19H00 (17H00 GMT) que le chef de l'Etat devait s'exprimer sur ce massacre du 16 août 2012, le pire depuis la fin de l'apartheid en 1994, qui a profondément traumatisé son pays.

Dans la foulée du drame, Jacob Zuma avait ordonné la mise en place d'une commission d'enquête indépendante, présidée par un juge. Cette commission, de retards en reports, a mis plus de deux ans et demi pour rendre son rapport, qui a été remis au président fin mars cette année.

Depuis, les victimes, leurs avocats et des organisations de défense des droits de l'Homme pressaient M. Zuma de publier ce rapport. Il avait promis de le faire avant la fin du mois de juin.

La présidence n'a pas précisé jeudi si le rapport serait publié dans son intégralité ou dans une version expurgée.

Les troubles à Marikana, une gigantesque mine de platine exploitée par l'entreprise britannique Lonmin, avaient commencé dans les premiers jours d'août 2012. Dix personnes y avaient été tuées à l'arme blanche, dont deux policiers, dans le cadre d'affrontements entre membres de syndicats rivaux.

Le 16 août, une foule de grévistes armés de machettes et de lances était assemblée sur une colline du site, faisant face à la police. Dans des circonstances que le rapport devrait enfin éclairer, les policiers ont reçu l'ordre d'ouvrir le feu à balles réelles. Trente-quatre mineurs ont été tués et plus de 70 blessés.

La commission d'enquête a établi que la fusillade principale, filmée à l'époque par toutes les télévisions, en cachait une autre, lorsque les mineurs ont fui, pourchassés par des policiers: 17 des 34 mineurs ont été tués durant cette poursuite, dont certains dans le dos.

- 'Légitime défense' -

La commission a également estimé que la police avait fait preuve d'improvisation, agi par vengeance et sous le coup d'interférences politiques, avant "une tentative délibérée d'induire en erreur" le travail d'enquête.

Les responsables des forces de l'ordre ont toujours plaidé la légitime défense, dans l'extrême climat de tension qui régnait alors sur le site, arguant que les grévistes, particulièrement menaçants, étaient armés d'armes blanches.

A ce jour, aucun responsable de la police n'a été jugé ou sanctionné, mais la commission d'enquête avait le pouvoir de recommander des mises en examen.

Le drame avait exacerbé la grève dans tout le secteur clé des mines et a durablement terni l'image de la jeune démocratie sud-africaine. Il a également accéléré l'émergence d'un syndicat radical, l'AMCU, devenu depuis un puissant rival du syndicat historique des mineurs (NUM), critiqué pour son allégeance au pouvoir politique et sa complaisance envers le patronat minier.

Durant les audiences de la commission d'enquête, un avocat des victimes avait concentré ses attaques contre le vice-président sud-africain Cyril Ramaphosa, à l'époque membre du conseil d'administration de Lonmin.

Alors que la grève dégénérait, M. Ramaphosa avait contacté les ministres de la Police et des Mines et plaidé pour que la police intervienne.

Les conclusions du rapport sur son rôle exact pourraient peser sur la vie politique sud-africaine, M. Ramaphosa étant considéré par certains comme un possible successeur à Jacob Zuma à la tête de l'Etat.

Par ailleurs, l'employeur Lonmin, un géant mondial du platine, a été vivement critiqué pour son refus d'ouvrir la négociation avec les grévistes alors que la violence s'amplifiait, et pour sa décision "froide et délibérée" de demander au personnel de continuer à venir au travail malgré les dangers.

"On reproche à Lonmin d'avoir agi dans le cadre de la légalité", avaient rétorqué les avocats de la compagnie minière, cotée à Londres.

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