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25/06/2015 02:47 EDT | Actualisé 25/06/2016 01:12 EDT

Le Népal veut convaincre les donateurs de s'engager dans la reconstruction

Le Premier ministre népalais a assuré jeudi que les victimes du séisme recevraient l'aide qui leur est destinée, cherchant à dissiper les craintes de corruption et à obtenir le soutien des donateurs internationaux réunis à Katmandou.

Le Népal estime avoir besoin de 6,7 milliards de dollars pour se rétablir après le séisme qui a tué plus de 8.800 personnes, détruit un demi-million de logements et jeté à la rue des milliers d'habitants manquant d'eau et de nourriture.

Mais certains donateurs internationaux se montrent réticents dans leurs promesses, inquiets de voir les fonds mal utilisés en raison d'une bureaucratie envahissante et d'un manque d'organisation.

Le Premier ministre Sushil Koirala a exhorté les donateurs réunis dans la capitale népalaise, en particulier les ministres des Affaires étrangères de ses grands voisins, la Chine et l'Inde, ainsi que la Banque mondiale, l'Union européenne et l'Onu à "travailler avec nous, le gouvernement du Népal".

"En toute bonne foi, je vous assure que nous mettrons tout en oeuvre pour que l'aide atteigne ses bénéficiaires car nous sommes redevables devant nos citoyens", a-t-il dit en ouverture de cette conférence.

La ministre des Affaires étrangères de l'Inde, Sushma Swaraj, a promis 1 milliard de dollars pour la reconstruction, dont un quart sous forme d'aide mais sans donner de détail pour le reste. La Banque mondiale a déjà promis 500 millions de dollars.

Le Népal, l'un des pays les plus pauvres du monde, a un besoin urgent d'aide pour reconstruire les logements, les écoles et hôpitaux détruits ou endommagés par le séisme du 25 avril et la puissante réplique du 12 mai.

Sa fragile économie a été durement touchée par la catastrophe, la croissance annuelle étant désormais attendue à 3% seulement, son rythme le plus faible depuis huit ans.

Le gouvernement veut centraliser toute l'aide dans un nouvel organisme public pour coordonner les efforts de reconstruction mais les experts pointent une absence de projet détaillé pour mener cet effort.

"Il manque une stratégie claire (..) Le gouvernement doit exposer un plan crédible de mise en oeuvre des projets de reconstruction avec un calendrier", a dit Chandan Sapkota, économiste de la Banque asiatique de développement (BAD) au Népal, avant la conférence.

"S'il ne propose pas un système solide de contrôles, il perdra sa crédibilité".

- 'Ne pas répéter Haïti avec le Népal' -

Le coordinateur de l'aide humanitaire de l'Onu au Népal, Jamie McGoldrick, a estimé que "toute promesse devrait être suivie d'un réel engagement en faveur du développement du Népal".

"Nous ne pouvons pas répéter l'exemple d'Haïti au Népal et je pense que ce ne sera pas le cas", a-t-il dit à l'AFP avant la conférence.

La communauté internationale avait promis plusieurs milliards de dollars d'aide à Haïti après le séisme qui avait ravagé le pays en janvier 2010.

Mais ces promesses s'étaient peu concrétisées, les donateurs retardant leurs engagements en raison de craintes de corruption et de l'instabilité politique. Plusieurs milliers d'Haïtiens vivent ainsi toujours dans des abris d'urgence cinq ans après le séisme.

Dev Ratna Dhakhwa, secrétaire général de la Croix Rouge népalaise, a regretté le retard pris dans l'acheminement de l'aide internationale qui a afflué après le 25 avril.

"Il y a eu des goulots d'étranglement à l'aéroport, des problèmes d'autorisation d'atterrissage, de délivrance de visas aux travailleurs humanitaires, c'était le chaos", a dit Dhakhwa.

Il a aussi fait part de son scepticisme sur la politique de "guichet unique" du gouvernement pour la reconstruction, estimant que les partis politiques tentaient déjà de détourner l'aide.

"Des personnes utilisent leur influence politique pour mettre sous pression les autorités et accéder aux fonds destinés aux victimes en obtenant l'inscription de leur nom sur les registres tenus par le gouvernement", a-t-il dit.

Le ministre des Finances, Ram Sharan Mahat, a jugés exagérées ces craintes.

"Il y a tant de commissions parlementaires qui étudient tout cela à la loupe que rien ne peut être caché. S'il y a des détournements, des irrégularités ou de la corruption, nous avons des mécanismes pour les empêcher".

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