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25/06/2015 08:54 EDT | Actualisé 25/06/2016 01:12 EDT

Jeux européens - Trevejo, de l'exil cubain à l'or bleu

Obligé de fuir Cuba il y a 13 ans, l'épéiste Ivan Trevejo s'est réfugié en France et c'est sous les couleurs bleues que ce sans emploi a décroché, à 43 ans, sa première médaille d'or aux Jeux européens.

Il n'était pas peu fier sur la plus haute marche du podium, mercredi, à Bakou. Trevejo a remporté le tout premier titre individuel de sa carrière d'escrimeur.

Et pourtant, il a déjà un solide palmarès. Pas avec la France mais avec Cuba, son pays natal. En 1996, il devient vice-champion olympique à Atlanta, en 1997, c'est le titre de champion du monde par équipes et en 1999, le bronze mondial par équipes. Aux JO de Sydney en 2000, il termine 3e avec l'équipe cubaine.

Mais la vie dans son pays était délicate. "Tout était difficile. Vivre, travailler. C'était une situation très critique, à tous les niveaux, il fallait absolument que je parte", raconte-t-il à l'AFP, dans un très bon français.

Alors il décide de s'exiler en profitant des championnats du monde à Lisbonne en 2002. "Personne n'était au courant. Je voulais garder ça secret pour qu'on ne puisse pas m'en empêcher".

"J'avais tout planifié. J'avais rencontré des Espagnols grâce au sport et ils m'ont aidé, ils m'ont emmené en voiture de Lisbonne à Valladolid", se souvient l'athlète, qui a fui sans son passeport, resté aux mains de ses entraîneurs cubains.

En 2004, il décide de s'installer en France, sans jamais perdre de vue sa passion pour l'escrime. Il lui aura fallu attendre 2010 pour obtenir la nationalité française.

- Les JO et retrouver un emploi -

Trevejo a épousé une Française, une ancienne nageuse avec laquelle il a eu un fils. Mais, installé près de Montpellier, il "galère". "A cause de mon entrée en équipe de France, j'ai dû faire une rupture conventionnelle avec mon employeur, du coup je me retrouve sans emploi", dit cet ancien commercial, précisant que la Fédération française et le ministère des Sports "sont en train de voir comment (l')aider à retrouver un emploi".

"Ma famille subit beaucoup. Ils m'encouragent aussi, heureusement. Mais c'est difficile", explique Trevejo dont les priorités sont simples: "la qualification pour les jeux Olympiques en 2016 et retrouver un emploi".

L'entraîneur de l'équipe de France à l'épée connaît bien le Cubain, qu'il affronté sur les pistes il y a 15 ans. "C'est un vieux tireur !", plaisante Hugues Obry. "On l'a relancé dans le bain, il avait envie, il faisait les résultats. Il prend beaucoup de plaisir malgré ses 43 ans, sur la piste il ne les fait pas du tout".

"C'est super agréable d'entraîner un gars comme ça qui galère tous les jours, qui vient à l'Insep (Institut National du Sport, de l'Expertise et de la Performance, ndlr) tous les jours parce qu'il n'a pas de quoi s'entraîner dans son club. C'est un mec top, généreux, il fait avancer le groupe. Maintenant il est reparti pour 10 ans !", s'enthousiasme Obry.

Le coach espère que la médaille d'or de Bakou aidera cet athlète au sang chaud à éloigner les difficultés car le Cubain, qui n'a jamais pu retourner dans son pays d'origine, est devenu un 'vrai Français'. "Je commence à râler", lance-t-il avec un petit sourire.

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