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25/06/2015 13:38 EDT | Actualisé 25/06/2016 01:12 EDT

France: une mère jugée pour avoir étranglé huit de ses bébés à la naissance

Le procès d'une femme accusée d'octuple infanticide, la plus grave affaire de ce type jugée en France, s'est ouvert jeudi avec l'évocation par l'accusée du complexe précoce de son obésité qui l'aurait incitée à cacher ses grossesses et leur funeste issue.

Après un début de procès marqué par les pleurs de Dominique Cottrez, réconfortée par ses deux filles et son mari, la suite de l'audience a donné une large place à la parole, tantôt claire et déterminée, tantôt chiche et brouillée, de cette ancienne aide-soignante de 51 ans jugée pendant une semaine devant la cour d'assises de Douai (nord).

A partir de 1989 et jusqu'au début des années 2000, cette femme a dissimulé ses grossesses, accouché seule, immédiatement étranglé les nourrissons et conservé les corps près d'elle, sans que sa famille ne se doute de rien.

Vie à la ferme à Villers-au-Tertre (Nord), fratrie de cinq enfants chapeautée par une mère sévère, père taiseux occupé aux champs, scolarité d'élève moyenne : "j'ai eu une enfance normale", affirme tout de go Dominique Cottrez, en contraste avec la relation incestueuse qu'elle affirme avoir subie à partir de l'adolescence et jusqu'à la mort de son père en 2007.

A peine est évoqué le spectre de son père défunt : la cour a remis à plus tard l'examen de cet aspect trouble de sa jeunesse.

"Elle était prisonnière de cet inceste. Elle était persuadée qu'elle allait enfanter des monstres et que ces monstres n'avaient aucune entité, aucune réalité", a déclaré en marge de l'audience son avocat Frank Berton.

Très vite a été abordée la question de l'obésité, invoquée par Dominique Cottrez pour justifier sa décision d'éviter les médecins qui auraient pu lui prescrire la pilule.

- Tabou de l'obésité -

L'accusée a raconté ce qu'elle présente comme un traumatisme, lorsque la sage-femme lui a adressé des remontrances sur son obésité qui compliquait son premier accouchement.

"La façon de le dire était un peu stricte, sévère. J'aurais aimé (qu'elle le dise) plus gentiment", a-t-elle susurré, visiblement mal à l'aise. "Elle m'a dit +si t'as pas maigri, la prochaine fois ça va mal se passer".

L'accusée a pesé jusqu'à 130 kilos lors de ses grossesses et a confié atteindre aujourd'hui 160 kilos.

Lors de l'instruction, il est apparu que les grossesses clandestines de Dominique Cottrez avaient pu être menées à l'insu de toute sa famille et du corps médical en raison de sa corpulence.

Lassée des moqueries, complexée à l'extrême, Mme Cottrez a plusieurs fois tenté des régimes, et l'un d'entre eux a donné de bons résultats - temporaires.

"Quand vous faisiez un effort il y avait un résultat, pourquoi n'avoir jamais demandé à être traitée avec des professionnels?", l'a questionnée la présidente de la Cour, Anne Segond.

"Je ne savais pas aborder le sujet". "- Mais vous alliez régulièrement voir des médecins", notamment pour des problèmes d'épilepsie, lui a rétorqué Mme Segond.

Le 24 juillet 2010, le nouveau propriétaire de la maison d'enfance de Dominique Cottrez à Villers-au-Tertre avait déterré du jardin deux cadavres de nourrissons en état de putréfaction, dans des sacs plastiques. Les six autres cadavres avaient ensuite été trouvés au domicile de la mère de famille.

"Elle mettait au monde non pas des bébés mais des bouts d'elle-même, dont toutefois elle ne pouvait se séparer", estime l'un de ses avocats, Me Marie-Hélène Carlier, en rappelant qu'elle avait conservé certains des cadavres dans sa chambre à coucher.

L'avocate compte plaider la "dénégation de grossesse".

"Qu'on ne parle pas de déni de grossesse", rétorque Me Yves Crespin, avocat de l'association L'Enfant bleu - Enfance maltraitée. Pour lui, "c'est un déni d'enfant: Mme Cottrez a utilisé l'assassinat comme moyen de contraception".

Le passage à la barre des experts, qui ont divergé sur le thème pendant l'instruction, devrait être un moment clé du procès.

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