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25/06/2015 15:47 EDT | Actualisé 25/06/2016 01:12 EDT

France: la colère des taxis contre UberPOP déborde dans la rue

Les taxis français en guerre contre la concurrence du groupe américain Uber ont manifesté jeudi par milliers leur colère dans un climat explosif, provoquant heurts et perturbations monstres dans plusieurs grandes villes et à Paris.

Condamnant des violences "inadmissibles", le Premier ministre Manuel Valls, en marge d'un voyage officiel en Colombie, a promis que leurs auteurs, "qui se trouvent dans les deux camps", seraient poursuivis, alors que la profession menace de nouvelles actions coup de poing dans les prochains jours.

Dix personnes ont été interpellées "dans le cadre des débordements observés lors des manifestations des chauffeurs de taxi, sept policiers ont été blessés", "70 véhicules ont subi des dégradations" notamment lors d'affrontements entre chauffeurs de taxi d'UberPOP et 30 plaintes ont été déposées, a précisé jeudi soir le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve.

Face au ras-le-bol, M. Cazeneuve a annoncé à l'issue d'une réunion avec les syndicats de taxis que les véhicules UberPOP allaient être "systématiquement saisis" lorsqu'ils seraient pris en flagrant délit.

Le ministre a saisi la justice contre le service UberPOP, au coeur du conflit. A sa demande, le préfet de police de Paris en a interdit l'activité dans la capitale.

Mais le directeur général d'Uber France, Thibauld Simphal, a aussitôt annoncé qu'il contesterait cette interdiction et que "pour l'instant", UberPOP pouvait continuer.

Jouant le bras-de-fer avec le gouvernement, l'intersyndicale des taxis a décidé "à l'unanimité" de "poursuivre le mouvement".

Voitures incendiées, barrages filtrants, blocages des gares et aéroports, chasse aux VTC (véhicules de transport avec chauffeur) et aux taxis clandestins: dès l'aube, les protestataires, chiffrés par la police à près de 3.000 dans tout le pays, ont multiplié les coups.

"On est obligé de passer par cette étape de la radicalité", a justifié Abdel Ghalfi, responsable du syndicat CFDT de la profession.

A la Porte Maillot, l'un des points d'entrée dans Paris, des taxis ont incendié les vans de deux conducteurs de VTC, provoquant l'intervention de forces anti-émeutes et des pompiers, dans une odeur âcre de fumée, avec claquement de pétards et fracas de poubelles renversées.

L'ambiance était également explosive aux aéroports parisiens d'Orly et Roissy, où des VTC ont renversé des personnes, les blessant légèrement. A Roissy, le blocage des accès à trois terminaux a été progressivement levé dans l'après-midi.

- L'ire de Courtney Love -

Paris était livrée aux bouchons. Les accès de deux gares de la capitale étaient bloqués par des dizaines de voitures. Des actions similaires ont été menées à Lyon, Marseille (sud), Toulouse et Bordeaux (sud-ouest) notamment.

"François Hollande, où est la putain de police??? C'est légal ici d'attaquer les touristes? Ramène tes fesses à l'aéroport", a twitté la rockeuse américaine Courtney Love. "C'est çà la France? Je suis plus en sécurité à Bagdad", a pesté la veuve du leader du groupe Nirvana, Kurt Cobain, bloquée près d'un aéroport parisien.

De la gauche à l'extrême droite, le mouvement a recueilli un large écho. "On ne peut pas laisser les chauffeurs de taxi victimes de la loi de la jungle", a déclaré le président socialiste de l'Assemblée nationale, Claude Bartolone.

Les Républicains, le parti d'opposition de droite de l'ancien président Nicolas Sarkozy, a dénoncé la "concurrence déloyale" d'UberPOP, l'application mobile de la société californienne qui, à prix cassés, met en relation des particuliers et des conducteurs non professionnels assurant leur transport avec leurs véhicules personnels.

Engagé dans un bras de fer avec l'Etat, Uber revendique 400.000 utilisateurs d'UberPOP en France, où le nombre des taxis est faible. Mais ses chauffeurs sont des particuliers sans agrément qui échappent aux impôts.

La société californienne est visée depuis fin 2014 par une enquête judiciaire à Paris. Selon une loi française votée l'an dernier, les conducteurs qui ne sont pas enregistrés comme chauffeur de taxi ou VTC encourent jusqu'à un an de prison, 15.000 euros d'amende, la suspension du permis et la confiscation du véhicule.

La France n'est pas le seul pays d'Europe, où l'activité d'Uber fait polémique. L'entreprise est interdite d'exercer en Allemagne et fait l'objet de procédures judiciaires aux Pays-Bas et en Espagne. La Commission européenne a indiqué mardi plancher sur "une régulation appropriée" que Bruxelles espère mettre au point "cette année".

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