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25/06/2015 11:38 EDT | Actualisé 25/06/2016 01:12 EDT

Corruption en RDC : Kabila dépose une plainte inédite visant un rival

Le président de la République démocratique du Congo, Joseph Kabila, a entamé une action en justice inédite contre la corruption qui vise entre autres un de ses principaux rivaux au sein de sa famille politique, dans un climat tendu à l'approche d'échéances électorales importantes.

Le chef de l'État a adressé mardi une plainte au procureur général de la République dénonçant des faits de "corruption", "fraudes" et "détournements".

Ce document que l'AFP a pu consulter vise nommément quatre gouverneurs : Alphonse Ngoy Kasanji (Kasaï-Oriental, centre), Alex Kande (Kasaï-Occidental, centre), Marcellin Cishambo (Sud-Kivu, est), et Moïse Katumbi (Katanga, sud-est), qui passe pour un possible candidat à la présidentielle devant avoir lieu en novembre 2016.

La plainte vise également l'ancien directeur de cabinet du président, Gustave Beya Siku, récemment remercié, et une quinzaine d'autres personnes, parmi lesquelles d'anciens hauts fonctionnaires.

Pour Thierry Vircoulon, directeur du projet Afrique centrale au cercle de réflexion International Crisis Group (ICG), il "n'est pas en soi surprenant" que "des gouverneurs parmi les plus anciennement installés dans leurs fonctions ainsi que l'ex-directeur de cabinet du président (soient) accusés de corruption".

"Ce qui est surprenant, c'est que l'accusation émane du président ! Le contexte politico-électoral trouble dans lequel se trouve la RDC n'est probablement pas étranger" a cette nouvelle affaire, ajoute-t-il.

L'intention prêtée au chef de l'Etat de vouloir - comme plusieurs présidents de pays voisins (Congo, Rwanda, et Burundi) - se maintenir au pouvoir au-delà de la fin de son mandat, alors que la Constitution le lui interdit, provoque depuis des mois des remous au sein de la majorité comme de l'opposition.

MM. Kande, Ngoy Kasanji et Beya Siku n'avaient pu être joints jeudi après-midi. Fâché par les révélations de l'AFP, M. Cishambo a refusé de faire le moindre commentaire. Dans son entourage, on évoque un "règlement de compte interne".

- 'Coup d'éclat' ? -

M. Katumbi déclare pour sa part n'avoir "pas été officiellement notifié" d'une plainte.

"Mais le procédé et la méthode ne m'étonneraient pas", ajoute-t-il, rappelant avoir "déjà eu affaire à la justice juste avant l'élection présidentielle de 2011".

M. Katumbi avait alors été visé par une plainte du gouvernement congolais déposée en Belgique et en Grande-Bretagne et l'accusant de trafic d'armes, financement de rebelles et blanchiment d'argent. L'affaire s'était terminée par un non-lieu.

Homme d'affaires richissime aussi charismatique que M. Kabila est discret, M. Katumbi, âgé de 50 ans, est gouverneur du Katanga depuis 2006 et jouit d'une popularité certaine au-delà des frontières de cette province minière qui est le moteur de la croissance économique du pays.

En décembre, il avait mis en garde à mots couverts M. Kabila contre la tentation de vouloir s'accrocher au pouvoir. Il s'est jusque-là gardé d'afficher publiquement ses éventuelles ambitions pour la prochaine présidentielle.

L'opposition réclame en vain depuis des mois au chef de l'État d'annoncer publiquement qu'il quittera ses fonctions à la fin de son mandat, et l'incertitude demeure sur la tenue du calendrier électoral devant mener à la présidentielle de novembre 2016.

La RDC est un pays gangrené par la corruption à tous les niveaux de la société. En dépit de progrès récents, le pays reste abonné au bas du tableau de diverses enquêtes internationales sur la transparence ou le climat des affaires.

La plainte présidentielle demande d'enquêter sur des allégations de fraude douanière à l'encontre de M. Katumbi.

Pour un diplomate occidental, le dépôt de la plainte présidentielle marque le franchissement d'une étape dans la guerre que se livrent "le clan Kabila et les partisans de l'alternance au sein de la majorité".

En janvier, alors qu'un conflit larvé opposait MM. Katumbi et Kabila, le gouvernement avait révoqué le chef des Douanes au Katanga en affirmant vouloir ainsi lutter contre la fraude à la frontière de cette province par laquelle transite la quasi-totalité de la production minière du pays.

"Sur le principe, nous encourageons la démarche parce que le président Kabila tente d'arrêter la prédation", déclare Modeste Mbonigaba, président de l'association Alma, cercle de réflexion d'anciens étudiants de l'Université de Kinshasa.

Cependant, ajoute-t-il, "nous craignons qu'on ne vise que ceux dont les visages ne plaisent plus ou pire qu'il ne s'agisse que d'un coup d'éclat à la veille des élections".

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