NOUVELLES
25/06/2015 05:57 EDT | Actualisé 25/06/2016 05:12 EDT

Les taxis contre Uber causent d'importantes perturbations en France (VIDÉO/PHOTOS)

Dans un climat électrique, plusieurs milliers de taxis en colère contre la "concurrence sauvage" du groupe américain Uber ont manifesté jeudi en France, provoquant de colossales perturbations sur les grands axes de circulation de Paris et plusieurs grandes villes.

Opérations escargots, blocages des gares et des aéroports, voitures de transport avec chauffeur (VTC) prises pour cible: dès l'aube, les protestataires, au nombre de près de 3 000 sur l'ensemble du pays selon la police, ont multiplié les actions coup de poing.

"Le but c'est d'occuper l'espace, parce qu'il y a un vrai ras-le-bol", a résumé Karim Asnoun, responsable du syndicat CGT de la profession. "La base attend de nous des messages forts, on est obligé de passer par cette étape de la radicalité", a renchéri Abdel Ghalfi (CFDT).

Galerie photo Protestations contre Uber en France (25 juin 2015) Voyez les images

» Suivez la situation et voyez les photos avec notre blogue en direct à la fin de cet article.

A l'aéroport de Roissy-Charles de Gaulle, les accès à trois terminaux étaient bloqués et la circulation perturbée, comme dans plusieurs quartiers de Paris.

A la Porte Maillot, l'un des principaux points d'entrée dans Paris, des taxis ont pris d'assaut et incendié les vans de deux conducteurs de VTC, provoquant l'intervention de forces antiémeutes et des pompiers, dans une odeur âcre de fumée, avec claquement de pétards et fracas de poubelles renversées.

Les accès de deux gares de la capitale étaient également bloqués par des dizaines de voitures, comme celle d'Olivier Noblot, taxi depuis 22 ans, "prêt à revenir tous les jours s'il le faut et à bloquer Paris".

Des actions similaires ont été menées à Lyon (centre-est), Marseille (sud), Toulouse et Bordeaux (sud-ouest) notamment. "Pourquoi pas demain des Uber plombier, Uber électricien? Et tout le monde fera n'importe quoi", a dénoncé Gérald Giraud, un manifestant lyonnais.

Le mouvement a recueilli un large écho dans la classe politique. "On ne peut pas laisser les chauffeurs de taxi victimes de la loi de la jungle", a déclaré le président socialiste de l'Assemblée nationale, Claude Bartolone.

Les Républicains, le parti d'opposition de droite de l'ancien président Nicolas Sarkozy, a dénoncé lui aussi la "concurrence déloyale" d'UberPOP, l'application mobile de la société californienne qui, à prix cassés, met en relation des particuliers et des conducteurs non professionnels assurant leur transport avec leurs véhicules personnels.

"Cette colère qui gronde, n'importe quel professionnel dans n'importe quel secteur qui subirait ce que subissent les chauffeurs serait probablement amené à cette extrémité", a déclaré la chef de file de l'extrême droite, Marine Le Pen, reprochant au gouvernement socialiste de laisser "pourrir la situation".

'C'est la chienlit aujourd'hui'

Seul l'ancien premier ministre de droite François Fillon, juge que "c'est la chienlit aujourd'hui, franchement".

Engagé depuis plusieurs mois dans un bras de fer avec l'Etat, Uber revendique 400 000 utilisateurs d'UberPOP en France, où le nombre des taxis est faible. Mais ses chauffeurs sont des particuliers sans la formation requise pour leur agrément et ils ne paient ni cotisations sociales ni impôts.

Les syndicats de taxis ont appelé au "calme", alors que le climat s'est tendu avec plusieurs agressions récentes de clients ou de chauffeurs UberPOP. Craignant que ses chauffeurs professionnels soient assimilés à des conducteurs UberPOP, la société de VTC Allocab avait même demandé jeudi à ses employés de laisser au placard leurs costumes et de faire asseoir leurs clients à l'avant de leurs véhicules.

Le ministre de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve, a demandé jeudi au préfet de police de Paris de prendre un arrêté interdisant l'activité du service.

Uber est visé depuis fin 2014 par une enquête judiciaire à Paris, pour organisation illégale d'un "système de mise en relation de clients avec des personnes qui se livrent au transport routier" de passagers "à titre onéreux".

Selon une loi française récente, les conducteurs qui ne sont pas enregistrés comme chauffeur de taxi ou VTC encourent jusqu'à un an de prison, 15 000 euros (environ 20 800$) d'amende, la suspension du permis et la confiscation du véhicule.

La France n'est pas le seul pays d'Europe, où l'activité d'Uber fait polémique. L'entreprise est interdite d'exercer en Allemagne et fait aussi l'objet de procédures judiciaires aux Pays-Bas et en Espagne. La Commission européenne a indiqué mardi plancher sur "une régulation appropriée" que Bruxelles espère mettre au point "cette année".