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21/06/2015 03:59 EDT | Actualisé 21/06/2015 03:59 EDT

Le Québec: figure de proue en Amérique du Nord en matière de congé de paternité

Radio-Canada.ca

Le Québec est une figure de proue en Amérique du Nord en matière de congé de paternité. Son secret? Les congés réservés, une formule qui a déjà fait ses preuves dans les pays scandinaves. Tour d'horizon.

Un texte de Christine Bureau

En 2013, 83 % des pères québécois ont réclamé ou avaient l'intention de réclamer un congé de paternité. Dans le reste du Canada, ce taux chute plutôt à 12 %.

« C'est très peu si on compare aux 80 % du Québec, mais ça, c'est clairement un effet du congé de paternité réservé », avance le chercheur au Conseil du statut de la femme Olivier Lamalice.

Ce dernier a publié en avril un avis suggérant d'augmenter à huit le nombre de semaines de congé réservé aux pères québécois. Le Régime québécois d'assurance parentale (RQAP) leur en permet cinq à l'heure actuelle.

Les congés de paternité dans le monde

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« Les pères au Québec les prennent et, en grande majorité, les prennent au complet. C'est une belle avancée et une avancée qui s'est faite rapidement dès l'adoption du RQAP en 2006 »

— Olivier Lamalice, chercheur

La proportion du nombre de Québécois ayant pris un congé parental a en effet triplé depuis l'entrée en vigueur du régime, passant de 27,8 % en 2005 à 83 % en 2013.

Dans le reste du Canada, ils étaient 9,9 % en 2009 à prendre une part du congé parental permis par le régime d'assurance-emploi. Leur nombre augmente aussi, mais dans une moindre mesure.

Père en congé, père plus présent

Les pères québécois se font toutefois plus hésitants quand il est question de congés partageables. Le RQAP accorde 32 semaines de ce type, mais seulement un Québécois sur trois en prend avantage.

En réalisant des entrevues avec des parents, Olivier Lamalice a constaté que près de 40 % d'entre eux n'avaient même pas discuté du partage du congé.

« C'est une espèce de naturalisation des rôles qui est encore en jeu. La mère est encore considérée comme le premier parent, comme le parent principal, et le père se considère lui-même et est considéré souvent comme un parent d'appoint. »

— Olivier Lamalice, chercheur

Le père a pourtant tout à gagner à passer du temps avec son enfant, un bénéfice qui se répercute sur toute la famille. La recommandation du Conseil du statut de la femme est d'ailleurs d'accorder trois semaines de plus au père, mais à condition qu'il les prenne seul.

« Quand le père est seul avec l'enfant, c'est là qu'il développe encore plus rapidement son sentiment de compétence, qu'il développe en fait une connaissance plus fine de ce que peut être le quotidien de son enfant, de ses besoins et de la charge de travail qui est associée à s'occuper de son enfant. »

— Olivier Lamalice, chercheur

Il en résulte aussi une plus grande implication dans les tâches quotidiennes, poursuit-il.

En Suède, où les pères ont droit à un congé de paternité exclusif de deux mois, une étude américaine a démontré que 40 % des pères qui ont pris un congé parental partageaient les soins aux enfants une fois le congé terminé, soit deux fois plus que ceux qui étaient restés au travail.

Un engouement pour le congé de paternité

De plus en plus de pays sont d'ailleurs intéressés à se doter d'un congé de paternité, note Olivier Lamalice.

La France, par exemple, prévoit depuis janvier dernier un congé de six mois pour chacun des parents à l'arrivée d'un premier enfant. Or, le salaire de remplacement prévu est de 550 $ par mois et n'est pas cumulable, ce qui place le pays encore loin derrière les pays scandinaves.

Aux yeux du chercheur du CSF, la Suède demeure « le grand leader » mondial en matière de congé de paternité, notamment à cause de la flexibilité du congé, qui permet par exemple d'étirer le congé en comptabilisant des demi-journées.

« C'est une de nos recommandations notamment de réfléchir à des moyens de rendre le congé plus flexible au Québec », souligne-t-il. Et il refuse de croire que les employeurs seraient incapables eux aussi de se montrer plus flexibles.

« Plusieurs prédisaient une réaction très négative de la part des employeurs, qui a eu lieu durant les premières années de l'entrée en vigueur du RQAP. Les critiques se sont rendu compte finalement que les employeurs se sont adaptés », illustre-t-il.

D'où vient la fête des Pères?

La fête des Pères est une tradition vieille de 105 ans, qui a été célébrée pour la première fois à Spokane, dans l'État de Washington. Élevée par son père après la mort de sa mère, Sonora Dodd est celle qui en aurait eu l'idée après avoir entendu un sermon à l'église sur la fête des Mères. Elle aurait choisi de célébrer cette fête en juin parce qu'il s'agissait du mois de naissance de son père.

Source : Library of Congress