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20/06/2015 04:03 EDT | Actualisé 20/06/2016 01:12 EDT

Sonar, quand l'art contemporain et la musique électro se retrouvent

Entre pistes de danse trépidantes et comptoirs bondés, l'art contemporain a trouvé sa place dans les festivals électro comme le Sonar de Barcelone, où les avant-gardes technologiques et artistiques se fondent dans la musique.

Le grand port sur la Méditerranée fête du 18 au 20 juin le cinéma expérimental, les installations et les mappings. A déguster avant et après mais parfois aussi pendant les concerts de Chemical Brothers, Duran Duran ou les Skrillex.

Il arrive même que la musique ne soit plus la tête d'affiche mais plutôt le metteur en scène, comme pour le spectacle "The Well", du Français Emmanuel Biard, dont les projections et torrents de lumière sont si marquants que la musique du Britannique Koreless est reléguée au statut de bande son.

"Sonar est pluridimensionnel, et va au-delà de la musique. Cela n'a jamais été juste un festival musical car les arts visuels et la technologie ont toujours eu leur place", souligne Enric Palau, l'un des fondateurs.

Pendant qu'un DJ danois régale des danseurs se déhanchant sous un soleil brûlant, les plus aventuriers se réfugient dans une salle fraiche ou le vénézuélien Arca, producteur du rappeur américain Kanye West et la chanteuse islandaise Björk, présente un spectacle avec Jesse Kanda, plasticien américain.

Les sonorités énigmatiques du Vénézuélien, où l'on retrouve des réminiscences latines mais aussi une pointe de hip hop, s'accommodent très bien des projections de son compagnon: des silhouettes difformes se trémoussent au côté de personnages asexués, claire référence au caractère androgyne de Arca.

Avant, sur la même scène, la musique électronique et les projections de l'allemand Atom TM -- dont le vrai nom est Uwe Schmidt -- se fondaient avec le spectacle de l'Australien Robin Fox, "Double vision", maniant les lasers lumineux.

- 'L'autre dimension de la musique' -

"Le volet visuel est l'autre dimension de la musique. Pour moi c'est un tout. Il ne s'agit pas de se dire, +bon j'ai la musique, maintenant voyons pour la partie visuelle, ou le contraire+. Non. Tout va ensemble", résume Schmidt, musicien et vidéoplasticien installé au Chili, pionnier de l'électro latino sous le pseudo "Señor Coconut".

Les exemples ne manquent pas, y compris tout en haut de l'affiche. Ainsi le cinéaste britannique Adam Smith est-il une pièce maîtresse du nouveau spectacle du duo The Chemical Brothers, présenté à Barcelone, tandis que le rappeur et producteur Flying Lotus surprend avec un spectacle en trois dimensions créé par deux artistes visuels.

"Au final, la musique électronique éprouve une curiosité plus importante pour ce qui est technologique (...) ce qui fait qu'au-delà de la musique +mainstream+ pour danser, il y a beaucoup d'électro qui tend à l'expérimentation et à l'art", explique aussi Lluís Nacenta, spécialiste de la musique et du design sonore, avant de rappeler que l'art contemporain est "transmedia".

Le Français Joanie Lemercier est un exemple de fusion entre ces domaines. A Sonar, il a présenté une installation, "Blueprint", réflexion sur le cosmos et l'architecture dont la projection s'accompagne de musique du DJ britannique James Ginzburg.

"Je faisais du design graphique, j'ai démarré en créant des projections pour les clubs de Londres et j'ai ensuite développé davantage d'installations et de sculptures éloignées de la musique. Je viens de la scène nocturne et c'est génial de revenir dans un festival", témoigne-t-il.

Sonar a démarré il y a 20 ans, dans deux musées d'art contemporain de Barcelone et ce n'est pas un hasard.

Le festival est pionnier, mais d'autres l'ont suivi: Scopitone à Nantes (France), TodaysArt aux Pays-Bas ou le Transmediale de Berlin. Tous ont en commun de mélanger sans vergogne les concerts et des espaces muséaux voire même des congrès d'entrepreneurs où les entreprises du secteur musical et celles des nouvelles technologies échangent, s'imbibant des nouveautés du secteur.

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