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19/06/2015 12:17 EDT | Actualisé 19/06/2016 01:12 EDT

USA: nostalgique de l'apartheid, le tueur présumé de Charleston en justice

Coupe au bol et regard fixe, Dylann Roof, 21 ans, décrit comme solitaire et sans relief mais aussi nostalgique de l'apartheid prêt à la "guerre raciale", comparaissait vendredi pour le massacre de neuf personnes dans une église fréquentée par des Noirs à Charleston.

Le jeune homme devait être présenté à 14h00 locales (18h00 GMT) devant une cour de Charleston pour une audience de pure forme lui signifiant son maintien en détention.

Il avait été auparavant inculpé pour l'assassinat de neuf Noirs.

Arrêté jeudi, il a reconnu devant la police être l'auteur de la pire tuerie raciste aux Etats-Unis depuis des décennies, en ouvrant le feu avec un pistolet automatique mercredi soir lors d'une soirée de lecture biblique à l'Emanuel African Methodist Episcopal Church, la plus vieille église de la communauté noire de la ville.

Le pasteur de la paroisse, Clementa Pinckney, élu démocrate du Sénat local, a été tué ainsi que deux autres hommes et six femmes, âgés de 26 à 87 ans.

Dylann Roofavait passé une heure avec les victimes et selon NBC News citant des sources anonymes, Dylann Roof aurait hésité avant de passer à l'acte parce que "tout le monde était tellement gentil avec lui".

Une survivante, Sylvia Johnson, a rapporté à CNN les propos lancés à l'une de ses victimes qui tentait de le raisonner: "Vous avez violé des femmes, et vous prenez le contrôle du pays. Je dois faire ce que j'ai à faire", a-t-il dit.

Il a déclaré ensuite aux policiers qui l'interrogaient qu'il voulait "déclarer une guerre raciale", selon la chaîne citant une source policière anonyme.

Les détails de la vie du jeune homme au regard clair et fixe, affublé d'une coupe au bol lui donnant un visage de petit garçon, émergeait peu à peu.

Vivant dans une petite ville rurale, le jeune homme avait quitté l'école au niveau de la 3e et traînait, solitaire et apparemment sans faire de vagues, selon le Washington Post.

Enjoint ces derniers temps par ses parents de trouver un travail, il était allé plusieurs fois au centre commercial local posant des questions "bizarres" aux gérants de boutique, ce qui lui avait valu d'être arrêté par la police. Il avait également été accusé de détention d'une drogue de substitution.

-"Nous voulons qu'il soit condamné à mort"-

Mais c'est son apparente nostalgie de l'apartheid qui donnait de premières explications à son geste.

Sur son profil Facebook, Dylann Roof apparaît vêtu d'un blouson où sont cousus l'ancien drapeau de l'Afrique du Sud du temps de l'apartheid, symbole du régime ségrégationniste, et celui de la Rhodésie (devenue Zimbabwe), des régimes admirés par les groupuscules promouvant la suprématie des Blancs.

Selon un de ses amis, Joey Meek, à ABC News, Dylan Roof "était obsédé par la ségrégation" et ruminait son coup, selon ce qu'il lui avait dit, depuis six mois. "Il voulait faire quelque chose de spectaculaire à la Trayvon Martin, quelque chose qui relance la guerre raciale", a indiqué M. Meek, faisant référence au meurtre d'un jeune Noir en Floride qui avait indigné les Etats-Unis.

Présenté aussi comme un ami, Dalton Tyler, 21 ans, a expliqué à ABC News que Dylann Roof soutenait l'idée d'un retour à la ségrégation et "voulait provoquer une guerre civile".

Vendredi, Nikki Haley, la gouverneure républicaine de Caroline du Sud, a estimé que Dylann Roof méritait la peine de mort, toujours en vigueur dans l'Etat.

"C'est un crime raciste par excellence", a-t-elle dit à la chaîne NBC. "Nous voulons absolument qu'il soit condamné à mort".

Le maire de Charleston Joe Riley, en annoncant des hommages et des appels aux dons, a affirmé ne pas être en faveur de la peine de mort, "qui ne fait que rajouter à la violence". Mais il s'est déclaré "reconnaissant" que le suspect soit "sous les verrous et ne sera jamais à nouveau libre".

L'oncle du suspect, Carson Cowles, interrogé par de nombreux médias, a affirmé : "Je pousserai le bouton (de l'exécution) s'il est déclaré coupable".

Debbie Dills, une fleuriste de Caroline du nord se rendant jeudi à son travail et ayant entendu les nouvelles, est devenue une héroïne en racontant comme elle avait repéré le jeune homme en voiture, l'avait suivi sur 50 km alors que les autorités étaient prévenues, en "pensant : +Pourvu qu'il ne voit pas que je le suis+".

L'horreur du crime de l'église et le symbolisme du lieu ont profondément marqué le pays et bouleversé Charleston, ville historique et touristique.

C'est un nouveau coup dur pour la communauté noire éprouvée depuis l'été dernier par la mort de plusieurs hommes noirs désarmés tués par des policiers blancs.

bur-ff/sha