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19/06/2015 12:37 EDT | Actualisé 19/06/2016 01:12 EDT

Maroc: deux hommes condamnés à 4 mois de prison pour des actes homosexuels (associations)

Deux hommes accusés de s'être embrassés en public début juin sur un site historique de Rabat, au Maroc, ont été condamnés vendredi à quatre mois de prison ferme, a-t-on appris auprès de responsables d'associations.

Lahcen, 38 ans, et Mohsine, 25 ans, qui étaient poursuivis pour "outrage public à la pudeur" et "acte contre nature avec un individu du même sexe", ont également écopé d'une amende de 500 dirhams chacun (environ 45 euros), d'après les mêmes sources, qui ont assisté aux trois audiences du procès.

Les prévenus, qui sont revenus sur leurs aveux en garde à vue, n'étaient pas présents au moment de l'énoncé du jugement.

Interrogé par l'AFP, Hassan Ettass, un des avocats de la défense, a annoncé son intention d'interjeter appel. Il a également réclamé que des accusations de mauvais traitements à l'encontre de ses clients --relayées par "Aswat" ("Voix"), une ONG locale-- soient étudiés devant le cour d'appel.

Arrêtés le 5 juin, les deux hommes étaient accusés de s'être embrassés devant la Tour Hassan, un des principaux monuments de la capitale, au lendemain d'une action menée par deux militantes des Femen sur ce même site pour dénoncer la pénalisation de l'homosexualité au Maroc.

Ces deux Françaises, qui avaient posé seins nus et s'étaient embrassées sous l'oeil de caméras, avaient été interpellées et expulsées le soir-même, les autorités marocaines dénonçant "une offense inacceptable pour l'ensemble de la société".

Lancée vendredi par l'association Aswat --dont les membres préfèrent garder l'anonymat--, en collaboration avec l'ONG All Out, une pétition visant à réclamer la libération de Lahcen et Mohsine a recueilli plusieurs dizaines de milliers de signatures.

Au Maroc, l'homosexualité est passible d'une peine de trois ans de prison, selon l'article 489 du code pénal.

Des condamnations pour des "actes homosexuels" sont périodiquement rapportées par la presse marocaine. En mai, trois hommes ont écopé de trois années d'emprisonnement à Taourirt (nord-est).

Deux mois plus tôt, l'ONG internationale Human Rights Watch (HRW) avait appelé le Maroc à dépénaliser l'homosexualité, à la suite de condamnations à Al-Hoceima (nord-est).

Le débat a toutefois gagné en intensité avec les dernières controverses, dans un pays tiraillé entre moeurs conservatrices et proximité avec l'Occident.

Au lendemain de l'action des deux militantes Femen, quelque 1.500 personnes ont manifesté devant l'ambassade de France, arborant des pancartes "Pas de ça chez nous". De nombreux médias ont aussi dénoncé une provocation, en rappelant que l'islam est religion d'Etat au Maroc.

Mais le journal Maroc Hebdo, qui avait titré "Faut-il brûler les homos?" dans son édition de vendredi, a été contraint de modifier cette Une à la suite du tollé provoqué sur les réseaux sociaux notamment.

Le même jour, un autre hebdomadaire, Tel Quel, a lui exprimé un avis remarqué en faveur de la dépénalisation de l'homosexualité, dans un éditorial intitulé "Vivre et laisser vivre".

jm-gk/cco