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19/06/2015 07:37 EDT | Actualisé 19/06/2016 01:12 EDT

Environnement: la voix du Sud, altermondialiste, s'exprime pleinement au Vatican

Le pape François, dans une encyclique virulente contre la "culture du déchet" et les pouvoirs aveugles de la technologie et de la finance, se pose en allié des altermondialistes et rappelle à tous qu'il est aussi le premier pontife venu du Sud.

"Laudato si'", plaidoyer de près de 200 pages pour une "écologie humaine intégrale" et pour une révolution de la "sobriété" afin de sauver la planète du réchauffement, va dans le concret des difficultés quotidiennes des pauvres, avec la vision d'un homme qui les connaît.

Beaucoup ont été frappés jeudi par sa radicalité quand il parle de l'accaparement des terres, des guerres pour l'eau, de la destruction de la biodiversité par des multinationales, des migrations et des misères urbaines.

Le théologien brésilien de la Libération et ancien prêtre Leonardo Boff a salué une "encyclique unique et extraordinaire". Des groupes écologistes italiens ont annoncé qu'ils iraient dimanche au Vatican affirmer leur soutien au pontife argentin.

Dans "Laudato si'", François appuie moralement les nombreux mouvements qui luttent pour l'environnement, dans un langage qui rappelle parfois leur vocabulaire "altermondialiste". Il se montre aussi sévère qu'eux vis-à-vis de la soumission à la technologie, du consumérisme et de l'argent-roi.

Ce qui est nouveau avec "ce premier pape de la globalisation", observe le vaticaniste d'Askanews Iacopo Scaramuzzi, c'est qu'il "considère que les pauvres du Sud ont une position privilégiée et un regard plus aiguisé pour considérer des problèmes environnementaux qui concernent tout le monde.

Les pauvres nous évangélisent, a-t-il coutume de répéter". Le mot "pauvres" revient à 51 reprises dans son encyclique.

Son découpage même, avec des chapitres au ton très spirituel, et d'autres concentrés sur les mécanismes sociaux et économiques, sans aucun développement religieux, rend ces derniers plus percutants.

Leurs arguments peuvent ainsi être accessibles à tous: chrétiens, musulmans, bouddhistes, etc, mais aussi athées et agnostiques.

François a d'ailleurs affirmé que cette "lettre circulaire" sur la nécessité de sauver "la maison commune" "s'adressait à tous".

- 'Dette écologique' -

Deux accents très forts, qui ne sont pas nouveaux dans la doctrine sociale de l'Eglise, prennent cependant un poids redoublé parce qu'ils sortent de la bouche d'un pape du Sud.

L'un porte sur "la dette écologique" des pays riches vis-à-vis des pays pauvres qu'ils ont exploités économiquement et sur la nécessité de reconnaître des responsabilités "diversifiées" entre les Etats quand il s'agira de prendre des engagements contraignants.

L'autre accent porte sur la propriété privée, qui reste subordonnée au bien commun. De telles affirmations feront nécessairement des remous dans les pays à majorité catholique comme le Brésil ou les Philippines.

Pour autant, François reste pleinement dans la tradition de l'Eglise quand il rejette l'argument selon lequel la croissance démographique contribuerait à la destruction de la planète, ou quand il réaffirme la différenciation du masculin et du féminin.

L'aspect "altermondialiste" du pape argentin avait déjà été remarqué en octobre, quand il avait reçu les "mouvements populaires" catholiques.

"Là, on sent vraiment le vent de la promesse d'un monde meilleur! Que ce vent se transforme en ouragan d'espérance", avait-il lancé, enthousiaste, à un parterre d'organisations venues principalement d'Amérique Latine.

"Les pauvres, avait-il ajouté, ne se contentent pas de promesses illusoires, d'excuses ou d'alibis. Ils n'attendent pas les bras croisés l'aide d'ONG (...). Vous sentez que les pauvres n'attendent plus et veulent être acteurs. Ils s'organisent, étudient, travaillent, exigent et surtout pratiquent la solidarité si spéciale qui existe entre ceux qui souffrent".

Jorge Bergoglio, qui a toujours rejeté les aspects marxisants de la théologie de la libération, était l'ami à Buenos Aires de prêtres travaillant dans les bidonvilles.

Son pontificat apporte une radicalité nouvelle au Vatican, même si l'attention aux problèmes du Sud a été constante dans les messages de l'Eglise, de "Popularum progressio" de Paul VI en 1967, à "Sollicitudo rei socialis" de Jean Paul II en 1987.

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