NOUVELLES
19/06/2015 12:45 EDT | Actualisé 19/06/2016 01:12 EDT

Des chercheurs identifient les pires endroits pour le braconnage d'éléphants

JOHANNESBOURG, Afrique du Sud - Des enquêteurs qui ont analysé des échantillons génétiques provenant de défenses d'éléphants ont identifié deux vastes régions d'Afrique où le braconnage atteint une ampleur industrielle, selon une étude publiée jeudi.Le premier secteur se trouve en Tanzanie, tandis que le second est une vaste région transfrontalière qui englobe plusieurs pays dans le coeur du continent.L'auteur de l'étude publiée par le prestigieux journal Science, Samuel Wasser, dit souhaiter que ses recherches permettent de concentrer les efforts des forces de l'ordre et fassent augmenter la pression internationale sur les nations pour lutter contre le braconnage.Il a notamment suggéré que les pays donateurs exigent des efforts de conservation plus robustes, en échange d'une aide au développement.Plus d'une demi-tonne d'ivoire provenant de ces deux régions a été saisie, ce qui témoigne de l'activité de groupes criminels bien organisés qui profitent probablement de la complicité des autorités, ont dit les chercheurs.Les scientifiques ont comparé l'ADN des défenses à des poils, de la chair et des excréments provenant de parcs à travers l'Afrique. M. Wasser, de l'Université de Washington à Seattle, a dit que le braconnage dans les deux régions identifiées est nettement plus intense qu'ailleurs.Les populations d'éléphants dans ces deux secteurs étaient déjà assiégées par des braconniers qui ont tué des dizaines de milliers d'animaux depuis quelques années, notamment pour assouvir l'appétit insatiable de l'Asie pour l'ivoire. Des dizaines de tonnes d'ivoire sont saisies chaque année, soit environ 10 pour cent du total de l'ivoire braconné, selon l'étude.L'agence policière internationale Interpol a collaboré à cette recherche, qui a analysé 28 importantes cargaisons d'ivoire saisies en Afrique et en Asie entre 1996 et 2014. Les chercheurs ont compilé une base de données de 1350 éléphants provenant d'une trentaine de pays et ont relié ces données à l'ADN des défenses.Entre 2006 et 2014, plus de 85 pour cent de l'ivoire saisi et provenant d'éléphants de savane était originaire du sud-est de la Tanzanie et de secteurs adjacents du nord du Mozambique. Certains éléphants avaient aussi été tués dans les parcs tanzaniens de Ruaha et de Rungwa. Des indices permettent de croire que le braconnage se déplace maintenant vers le sud du Kenya.L'autre secteur chaud de la dernière décennie est le «dernier bastion des éléphants de forêt», une zone de conservation appelée «Tridom» qui touche le Congo, le Cameroun et la République du Congo, a dit M. Wasser. Les braconniers sévissent aussi dans un secteur adjacent de la République centrafricaine.Un garde-parc et deux soldats qui patrouillaient le parc national de Garamba, au Congo, ont d'ailleurs été abattus par des braconniers lourdement armés au cours des derniers jours. Les forces de l'ordre traquent maintenant les braconniers, qui seraient originaires du Soudan du Sud.Chaque secteur s'étire sur environ 150 000 kilomètres carrés. La plupart de l'ivoire est transformé en bijoux ou en d'autres objets qui peuvent se vendre jusqu'à 200 $ US pour seulement 30 grammes. Une paire de défenses peut peser 10 kilos, ce qui veut dire que centaines d'objets peuvent être extraits d'un seul éléphant.