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19/06/2015 08:07 EDT | Actualisé 19/06/2016 01:12 EDT

Athènes face à ses créanciers: les points d'achoppement de la négociation

Avant un sommet lundi présenté comme celui de tous les dangers, Athènes et ses créanciers divergent toujours sur la trajectoire budgétaire et le régime des retraites, deux écueils à un accord qui permettrait de remettre le pays sous perfusion financière.

En toile de fond des négociations figure toujours la question de la viabilité de la dette.

- Combien de milliards d'euros à dégager, et comment?

Ses créanciers, UE et FMI, demandent à Athènes de trouver 3 milliards d'euros en 2015 afin d'atteindre un excédent fiscal primaire (hors intérêt de la dette) de 1% du PIB cette année-là, à porter à 3,5% en 2018.

Parmi les outils pour y parvenir, une réforme des taux de TVA, à 11% pour médicaments, alimentation et hôtellerie, et 23% pour le reste, dont l'électricité.

Le gouvernement grec de gauche radicale avait d'abord proposé un excédent de 0,60%, qu'il a déjà accepté de porter à 0,75%. Le ministre des Finances Yanis Varoufakis a assuré jeudi que les écarts en matière d'effort budgétaire étaient "minuscules". La Commission européenne avait pourtant indiqué cette semaine que le dossier était réglé, laissant entendre qu'un accord sur un excédent à 1% avait été trouvé.

Athènes propose aussi la mise en place d'une autorité "indépendante", qui veillerait au respect d'une "règle d'or" budgétaire automatique.

Sur la TVA, Athènes insiste sur une taxation plus socialement juste et propose 6% pour les médicaments, 11% pour la nourriture, l'électricité et l'eau, et 23% pour le reste.

Un possible relèvement du taux de 11% à 12% est désormais sur la table, comme des coupes supplémentaires dans les dépenses de défense. Athènes prévoit aussi d'augmenter les impôts pour les revenus supérieurs à 30.000 euros par an et de taxer les licences télévisuelles.

- Comment combler le trou du système des retraites?

Pour les créanciers, le régime de retraite grec doit être mis à l'heure du "zéro déficit", via des coupes de 450 à 900 millions d'euros en 2015 et de 1,8 milliard en 2016. Ils prescrivent de limiter les retraites anticipées, de faire payer plus cher les soins de santé aux retraités et de supprimer une prime de soutien à ceux touchant moins de 700 euros par mois de pension.

Le Premier ministre grec, Alexis Tsipras, a rejeté l'idée "de couper dans les retraites les plus basses", et la Grèce fait valoir que la situation économique catastrophique du pays fait mécaniquement augmenter les dépenses de retraites en proportion du PIB, tout en amoindrissant les entrées de cotisations.

Depuis, les ministres européens comme le FMI ont assuré que leurs demandes ne visaient pas spécifiquement les petites retraites, et que le gouvernement grec pouvait parfaitement prendre d'autres mesures, tant que les objectifs financiers étaient tenus.

La Grèce veut renvoyer le "zéro déficit" à 2017 dans l'attente d'une grande réforme de fond en cours d'élaboration.

- Comment sortir de la dépression économique?

En matière de marché du travail, que les créanciers veulent déréguler davantage, les divergences se sont réduites. Reste à régler la question du rétablissement des conventions collectives abolies sous pression de l'UE et du FMI. M. Tsipras s'y est engagé, et a indiqué préparer le dépôt d'un projet de loi en ce sens au parlement, les créanciers l'excluant pour 2015.

Sur les privatisations aussi, les positions se sont rapprochées, Athènes étant revenu sur son opposition de départ en affirmant vouloir en faire un instrument de croissance. Mais si un compromis se dessine pour la cession au privé des ports et aéroports, la Grèce refuse les privatisations dans l'électricité réclamées par ses créanciers.

- Et après?

Les créanciers laissent jusqu'ici planer le flou sur la question de la dette publique grecque, pourtant prévue par la Commission à 180% du PIB pour 2015, un niveau jugé insoutenable de l'avis général.

La Grèce veut elle que le principe d'une restructuration, très épineux politiquement dans des pays comme l'Allemagne, soit réaffirmé. La zone euro s'était engagée à en discuter en 2012 une fois le budget grec en excédent primaire, mais a reculé une fois ce solde passé au vert, en janvier 2014.

Pour assurer le financement du pays à l'expiration, le 30 juin, de son plan de redressement en cours, les discussions portent en attendant sur une extension jusqu'en mars 2016 de ce programme. En échange de ce maintien sous surveillance, la Grèce pourrait puiser dans des fonds déjà existants, comme près de 11 milliards d'euros destinés aux banques grecques et non utilisés.

M. Varoufakis veut lui alléger les échéances, en faisant un emprunt auprès du fonds de secours européen MES, permettant de racheter des obligations grecques détenues par la banque centrale européenne (BCE). Le ministre veut aussi récupérer les profits faits par le système monétaire européen sur ces obligations, et utiliser cette manne pour les futurs remboursements au FMI.

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