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19/06/2015 01:39 EDT | Actualisé 19/06/2016 01:12 EDT

Amer début de ramadan aux Comores

Le ramadan, période de jeûne mais aussi de fête, a débuté sans joie dans le très croyant petit archipel musulman des Comores: le gouvernement a promis des produits bon marché mais les privations d'eau et d'électricité vont s'aggravant et la population est à genoux.

"Nous devons faire le ramadan parce que c'est un des piliers de l'islam, mais les conditions ne sont pas bonnes", lance un chauffeur de taxi, chaudement approuvé par les trois passagers assis à l'arrière. "Les ministres, les directeurs, ils s'en foutent, ils ont les moyens, pas nous".

Même jeudi soir, la capitale Moroni a eu du courant, depuis des mois, la population et les commerçants doivent se débrouiller avec quelques heures d'électricité par jour, et encore moins dans les autres régions.

Impossible dans ces conditions de stocker des produits frais, sauf pour la petite minorité de grossistes ou hôtels qui peuvent s'offrir un générateur. Et l'eau courante vient aussi à manquer régulièrement.

La crise perdure depuis une quinzaine d'années, affectant particulièrement les petits commerces alimentaires, ceux pour lesquels d'ordinaire, le ramadan est aussi la fête du tiroir-caisse. Mais la situation s'est aggravée ces derniers mois.

"Pays agonisant. (...) Les jours se suivent et s'endurcissent,le mal-être se lit sur tous les visages, un moral en berne chez tous, beaucoup aspirent à émigrer, personne ne s'accroche à un quelconque espoir, des habitants gardés en otages pour ne clamer que des besoins primaires élémentaires d'eau et d'électricité", postait récemment un jeune avocat Kamardine Mohamed sur sa page Facebook. "Le grand salut est à attendre d'aucun autre prophète ...!!!"

Un récent rapport de l'OCDE et du PNUD qualifie la situation de "préoccupante" nécessitant "une solution durable à très court terme". La société publique d'eau et d'électricité MaMwe ne parvient plus à assurer la maintenance et l'achat de carburant pour produire les quelques mégawatts indispensables à une population de pourtant seulement 713.000 habitants, moins que le département français de La Réunion.

Et le gouvernement en est réduit à attendre l'envoi d'hypothétiques générateurs par des généreux donateurs dont la Chine, le Qatar, etc.

Pour soulager la population, à moins d'un an d'une présidentielle très disputée, le gouvernement a promis un approvisionnement régulier en eau et électricité durant le mois sacré, au moins dans la capitale et ses environs.

"Il y aura une amélioration, mais pas avant une dizaine de jours", a rectifié sous couvert de l'anonymat un agent de la MaMwé, interrogé par l'AFP.

Les autorités ont aussi annoncé des prix bloqués voire baissés administrativement sur les produits de première nécessité, poisson frais, viande, poulet, banane, manioc, patate douce, etc, alors que souvent le ramadan fait valser les étiquettes.

Ces "prix plafonds applicables dès le premier jour du ramadan ne peuvent en aucun cas être dépassés" et "doivent obligatoirement être affichés de façon très claire sur les produits au vu du public, sur les marchés et/ou à l'entrée des boutiques", selon une circulaire.

Mais au grand marché de Volo-Volo dans la capitale Moroni, la mesure n'a rien changé dans l'immédiat sur les étals. "On vend comme d'habitude, mais c'est sûr qu'ils (la police) vont venir", commentait Mbaba Mnéné, célèbre boucher de la place.

Sceptique quant au respect de ces "prix-ramadan", le boucher s'est contenté de désigner les poissoniers: "S'ils veulent leur imposer des prix à eux, il y aura pénurie ici, le poisson sera vendu par des voies détournées".

"Je m'étonne que le gouvernement ne s'occupe des prix des denrées de première nécessité que durant un mois, celui du ramadan", critiquait pour sa part Mohamed Soilihi, le président de la Fédération nationale des agriculteurs comoriens (Fnac-Fa).

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