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17/06/2015 10:42 EDT | Actualisé 17/06/2016 01:12 EDT

Malgré les risques, les réfugiés de Tall Abyad pressés de retrouver la Syrie

Ils reconnaissent le risque d'une reprise des combats et d'un retour des jihadistes. Mais dès que la bataille a cessé, les réfugiés qui ont quitté la ville syrienne de Tall Abyad pour se mettre à l'abri en Turquie n'ont eu de cesse que d'y retourner. Au plus vite.

Pour les plus déterminés, le voyage retour a débuté mercredi. Vingt-quatre heures à peine après la proclamation de la victoire des forces kurdes et la retraite confirmée à bonne distance des jihadistes du groupe Etat islamique (EI), qui régnaient en maîtres absolus sur la ville depuis près d'un an.

Dès l'aube, une première cohorte de candidats au retour s'est formée devant le poste-frontière turc d'Akçakale.

Dans la file qui s'allonge devant les barrières qui séparent les deux pays, des hommes de tous âges et beaucoup de femmes et d'enfants, tous hérissés de lourds baluchons d'effets personnels confectionnés dans l'urgence de l'exode.

Lorsque les forces de sécurité turques ouvrent enfin les portes, c'est le soulagement. Devant les caméras de télévision, certains esquissent le "V" de la victoire.

"Ce n'est pas si bien que ça ici, ce n'est pas comme à la maison", confie Mahmud, un fermier de 40 ans. "Nous voulons passer la période sainte du Ramadan dans notre pays. On s'en réjouit", ajoute-t-il, un sac vissé sur la tête.

Dans la file qui s'étire jusqu'au grillage, il explique avoir pris la décision de rentrer chez lui après une discussion avec son frère, qui lui a assuré que Tall Abyad était sûre.

"Dans la précipitation, je suis parti en laissant la pompe à eau en marche", s'inquiète Mahmud avant de retrouver sa propriété, "je me demande ce qui est arrivé à tout mon matériel agricole, il y en a pour des milliers de dollars".

- 'Dieu merci, je reviens' -

Ahmed el-Badran lui non plus n'a pas hésité longtemps avant de remettre le cap sur la Syrie. La perspective de devoir fêter son 90e anniversaire en Turquie lui était difficile. "Peut-être il aurait mieux valu que je reste dans mon village, malgré tout ce qui se passait autour. Mais mes enfants ont refusé de m'y laisser", dit-il.

Contre son gré, le vieil homme a franchi la frontière turque il y a quatre jours avec ses fils et ses petits-enfants. Et depuis, il est malade.

"J'avais peur de mourir loin de mon pays, mais, dieu merci, je rentrer", dit-il du haut de la carriole brinquebalante où l'ont perché ses fils. "Dès que j'ai su que je pouvais revenir, j'allais mieux, tous les mots du monde ne suffisent pas à décrire ce que je ressens".

Fahriye Behedi, 40 ans, se presse elle aussi devant les policiers turcs qui laissent passer un à un les Syriens de retour à Tall Abyad. Même si elle avoue avoir toujours peur de possibles frappes aériennes de la coalition internationale antijihadiste.

"Je rentre, j'ai laissé mon mari là-bas", explique-t-elle, le visage dissimulé sous un foulard islamique noir. "Mais j'ai toujours très peur des bombes. Qui ne serait pas effrayé par les bombes ? Quand j'ai entendu le bruit qui venait, c'était effrayant".

"Nous avons survécu, mais nous avons peut-être tout perdu dans notre fuite", poursuit Fahriye, "je ne sais pas si ma maison de deux étages est toujours debout et je me prépare à être obligée de partir une nouvelle fois".

Dans la masse des quelque 23.000 réfugiés qui ont passé la frontière depuis deux semaines, tous ne sont pas pressés de rentrer. Les vainqueurs kurdes de la bataille de Tall Abyad n'inspirent pas confiance à sa population en majorité arabe.

Seyh Deham Haseki, 60 ans, assure même que les militants kurdes sont "pires" que jihadistes. "Nous n'accepterons pas les Kurdes parce que ce n'est pas leur terre", proclame-t-il, "c'est la terre des Arabes et nous les combattrons jusqu'au bout".

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