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17/06/2015 15:22 EDT | Actualisé 17/06/2016 01:12 EDT

La Banque de Grèce met en garde contre une sortie de l'euro, Athènes ne croit pas à un accord jeudi

La Banque de Grèce a à son tour mis en garde le gouvernement grec sur le risque d'une sortie de l'euro, voire de l'UE, en cas d'échec, probable selon le ministre des Finances Yanis Varoufakis, des négociations de jeudi avec les créanciers.

Interrogé mercredi à Paris quant à l'éventualité d'un accord sur la dette à l'issue de l'Eurogroupe, la réunion avec ses homologues des Etats de la zone euro, le lendemain à Luxembourg, M. Varoufakis a en effet répondu : "Je ne le crois pas", "maintenant ce sont les dirigeants politiques qui doivent parvenir à un accord".

Le ministre adjoint grec des Affaires étrangères, Euclide Tsakalotos, principal représentant d'Athènes dans les négociations avec les créanciers (BCE, FMI, UE), considère à cet égard, dans une interview à paraître jeudi dans le quotidien français Libération, que ces derniers "ne semblent pas prêts au compromis".

"Nos interlocuteurs insistent à chaque fois sur les baisses des retraites. C'est irréaliste dans un pays où elles ont déjà été considérablement réduites depuis cinq ans, et où les deux tiers des retraités vivent sous le seuil de pauvreté", note-t-il.

"Si l'Europe insiste sur les retraites, elle devra en accepter le prix", a parallèlement martelé le chef du gouvernement Alexis Tsipras.

En visite à Athènes, Amanda Sloat, une responsable du département d'Etat américain, a pourtant souligné "l'urgence que la Grèce fasse un pas" en vue d'"atteindre un compromis pragmatique avec ses créanciers", relevant qu'"un échec entraînerait immédiatement des difficultés pour la Grèce et de grandes incertitudes pour l'Europe et l'économie mondiale".

"Défaut de paiement de la Grèce puis, au bout du compte, sortie du pays de la zone euro et, très probablement, de l'Union européenne", avertit d'ailleurs la Banque de Grèce dans son rapport annuel, tout en jugeant que "peu de chemin reste à parcourir" vers un compromis.

De son côté, le Trésor britannique a fait savoir mercredi qu'il se préparait à l'éventualité d'un défaut de paiement grec dont le risque va "croissant".

Syriza, le parti de gauche radicale de M. Tsipras, a toutefois reproché au gouverneur de la banque centrale grecque Yannis Stournaras d'outrepasser ses fonctions par cette intervention à la tonalité très politique.

Il n'en demeure pas moins que pour les analystes de la banque allemande Berenberg, l'incompréhension mutuelle entre la Grèce et ses créanciers, qui s'est accrue ces derniers jours, rend le scénario d'un accord de dernière minute sur le déblocage d'une tranche de prêts vitale de 7,2 milliards d'euros moins probable qu'une sortie de la Grèce de la zone euro.

- Donnant donnant -

Une fois n'est pas coutume, c'est du président de la zone euro, Jeroen Dijsselbloem, qu'est venue une incitation à la retenue contre les "conclusions hâtives", tandis que la Banque centrale européenne a relevé mercredi d'1,1 milliard d'euros, à 84,1 milliards, le plafond de l'aide d'urgence aux banques grecques.

M. Dijsselbloem pilotera jeudi la reprise du dialogue entre les deux parties à Luxembourg.

Mais le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, a confié avoir peu d'espoir d'un dénouement à cette occasion et le commissaire européen aux Affaires économiques, Pierre Moscovici, s'est contenté d'espérer que ce rendez-vous serait "utile".

Alexis Tsipras sera, quant à lui, en Russie à partir de jeudi, pour un forum économique à Saint-Pétersbourg, et une rencontre avec le président Vladimir Poutine.

Premier dirigeant d'un pays européen à de rendre à Athènes depuis l'arrivée au pouvoir du parti de gauche radicale, le chancelier autrichien Werner Faymann a quant à lui tenté de mettre de l'huile dans les rouages en prônant des solutions qui "n'accroissent pas la pauvreté".

Pour éviter la rupture, la banque centrale grecque appelle les deux camps à faire preuve de souplesse. Elle invite le gouvernement à reconnaître que l'abaissement des objectifs d'excédent primaire (solde du budget avant remboursement de la dette) accepté par l'UE et le FMI lui donne "quelques degrés de liberté supplémentaire dans la conduite de la politique budgétaire", et demande de l'autre côté aux créanciers de "préciser leur volonté" d'octroyer à la Grèce un allègement de sa dette publique "comme initialement prévu" en 2012.

Si l'effort demandé à ce pays est désormais trois fois moindre, avec un objectif d'excédent primaire - avant paiement de la charge de la dette - revu à 1% du PIB en 2015 contre 3% auparavant, les moyens de réaliser ces économies continuent de diviser la gouvernement grec et les institutions (UE, BCE, FMI) qui lui prêtent de l'argent depuis qu'elle a plongé dans la crise fin 2009 en raison d'une dette publique explosive.

La pression venue des rangs de Syriza est également forte : le parlement grec a entendu mercredi les premières conclusions d'une "Commission pour la vérité sur la dette publique" formée en avril. Selon un de ses membres, la commission estime que "la Grèce ne devrait pas payer sa dette car elle est illégale, illégitime, et odieuse", et que le pays a été victime d'"une attaque concertée" de ses créanciers pour sauver les banques au détriment des citoyens.

Reste que, sans le feu vert de ses créanciers, la Grèce pourrait être dans l'incapacité de rembourser les quelque 1,5 milliard d'euros qu'elle doit au FMI d'ici à la fin juin.

La dernière occasion de trouver une solution pourrait être le sommet européen prévu pour fin juin, ou un sommet exceptionnel dans l'intervalle.

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