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17/06/2015 09:59 EDT | Actualisé 17/06/2016 01:12 EDT

Jeux européens - Au milieu du show sportif, des opposants dénoncent la répression

"Du pain et des jeux", ironise Bahruz Samedov. Au moment où l'Azerbaïdjan s'offre une vitrine mondiale avec les Jeux européens de Bakou, le mouvement d'opposants auquel appartient le jeune homme continue de dénoncer le régime de son pays, qu'il qualifie de totalitaire.

"Ces Jeux pourraient être une chance pour s'exprimer, mais on ne peut rien faire, la police est partout." Fin et émacié, Bahruz Samedov est un étudiant en linguistique de 20 ans. Il marche d'une allure tranquille dans les rues du centre-ville baignées par la chaleur estivale.

Pourtant, il se dit "surveillé par la police". Samedov milite activement sur internet et parfois dans la rue au sein de l'organisation Nida, qui regroupe quelque 300 opposants et dont la page Facebook est suivie par près de 50.000 personnes. Son but: dénoncer violations des droits de l'Homme, violences policières, arrestations arbitraires, désinformation...

"Nous voulons changer la vie de la population et peut-être le régime. Ce que je veux c'est le changement. Nous voulons une démocratie, la liberté d'expression. Une vie normale", argue-t-il d'une voix neutre.

- 'Comme en Union soviétique' -

Quelques instants plus tard, il rejoint d'autres membres, dans un petit appartement au fond d'une cour. Internet, que l'Etat n'arrive pas encore à contrôler selon ces militants, est leur terrain d'action.

Shirin Tire est un blogueur dont la notoriété croît en Azerbaïdjan. Il met des vidéos en ligne pour dénoncer la violence policière.

"Ici, quand des policiers reçoivent un ordre, ils peuvent attaquer tout le monde, y compris au sein de leur propre famille. Et s'il le faut, de manière très brutale, jusqu'à battre ou tuer quelqu'un", affirme Tire en montrant une vidéo où la police tape violemment sur des manifestants.

L'ONG Amnesty International, déclarée indésirable dans le pays, a publié un rapport intitulé "Azerbaïdjan: les Jeux de la répression" dans lequel elle pointe du doigt "un Etat où la critique des autorités est chaque jour frappée par la répression".

Le pays, qui vit de ses richesses en hydrocarbures, est dirigé depuis 2003 d'une poigne de fer par Ilham Aliev, qui a succédé à son père après sa mort. Ce dernier, un ancien membre du KGB, était à la tête du pays depuis 1969.

En mai 2014, 8 militants de Nida ont été condamnés à des peines de prison allant de 6 à 8 ans pour troubles de l'ordre public, détentions illégales d'armes et de drogues.

"C'est comme en Union soviétique. Dans ce pays, il y a une ligne et si tu la franchis, c'est fini pour toi. Tu ne peux plus rien faire, tu ne trouves plus de travail. Et si tu continues à être actif et que tu deviens populaire, c'est la prison", dit Samedov.

- 'Je ne regarde pas la télé' -

Elchan Gassanov, lui, a été emprisonné durant un an en 2011 après avoir été arrêté lors d'une manifestation. Professeur de sport, il ne trouve plus de travail depuis 10 ans "à cause de ses activités politiques" alors qu'il est membre de l'opposition depuis 2002. Il ne peut pas sortir du pays.

"La liberté en Azerbaïdjan n'existe pas. On n'a pas le droit de parler, on ne peut rien faire, c'est une blague", s'insurge-t-il, assis près d'une cheminée où trônent les portraits des prisonniers politiques dont il s'occupe.

"Aujourd'hui, tout le monde est en prison, même ceux qui aident les militants, comme leurs avocats. Il y a actuellement 82 prisonniers en Azerbaïdjan (20 selon Amnesty International, NDLR)", assure-t-il en évoquant un climat de peur. "Nos portables sont sur écoute, mes e-mails sont lus. Tout le monde est sous contrôle."

Les Jeux européens, Elchan Gassanov ne veut pas en entendre parler: "Je ne regarderai pas ces Jeux parce que je ne regarde pas la télé gouvernementale."

sc/pr/kat/mam

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