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17/06/2015 02:34 EDT | Actualisé 17/06/2016 01:12 EDT

Hong Kong vers une épreuve de force avant le vote sur la réforme électorale

Hong Kong a engagé mercredi une nouvelle épreuve de force entre militants prodémocratie et pro-Pékin sur le vote d'une réforme électorale qui a jeté ses opposants dans la rue l'an dernier.

Le texte débattu au Conseil législatif (Legco), pour un vote prévu d'ici vendredi, fixe les modalités de l'élection en 2017 du chef de l'exécutif de l'ancienne colonie britannique, revenue dans le giron de la Chine en 1997.

Les députés prodémocratie ont déjà fait savoir qu'ils voteraient contre, ce qui signe par avance la mise en échec du projet puisqu'il n'obtiendra pas la majorité des deux-tiers nécessaire à son adoption.

Comme Fion Wong, une femme d'une quarantaine d'années venue dénoncer "une prétendue démocratie", des centaines de manifestants se massaient autour du Legco dont les accès étaient protégés par des barrières métalliques et des policiers en uniforme.

Face à eux, des partisans du gouvernement agitaient des drapeaux chinois en hurlant dans des hauts-parleurs des slogans favorables à la réforme.

Pour le politologue Sonny Lo, le rejet du texte risque fort de raviver les divisions politiques qui ont éclaté au grand jour à l'automne 2014 lorsque des dizaines de milliers de militants prodémocratie ont paralysé une partie de la ville deux mois durant, donnant naissance au désormais célèbre "Mouvement des parapluies".

"Pékin va montrer du doigt les démocrates qui ont torpillé ce projet de réforme politique dont le gouvernement central estime qu'il représente une vraie concession" aux Hongkongais réclamant plus de démocratie, analyse-t-il.

Et la numéro deux de l'exécutif, la députée Carrie Lam, parmi les premières à s'exprimer à l'ouverture des débats mercredi après-midi, a prévenu le camp d'en face: "ce gouvernement ne pourra relancer le processus" de réformes en cas de blocage, "le développement politique sera au point mort".

Le projet de réforme concocté par le gouvernement de Hong Kong sous le contrôle du gouvernement central chinois prévoit pour la première fois d'instaurer le suffrage universel alors que le chef de l'exécutif était jusqu'alors désigné par un collège de grands électeurs loyal à Pékin.

Mais le Parti communiste chinois (PCC) garde la haute main sur le processus puisque seuls deux ou trois candidats adoubés par un comité aux ordres seront autorisés à se présenter.

Le camp prodémocratie, dénonçant une "parodie" de suffrage universel, a remobilisé ses troupes pour organiser des rassemblements quotidiens à l'approche du vote, avec un succès très relatif.

Pékin a averti que Hong Kong, territoire autonome jouissant de larges prérogatives et de liberté inexistantes en Chine populaire, se préparait à un avenir "préoccupant" en cas de rejet du projet de réforme.

- Enquête sur les explosifs -

La sécurité avait été renforcée autour du Legco, situé au coeur du quartier financier et administratif de la ville, pour l'ouverture du débat parlementaire.

La police dit vouloir prévenir l'intrusion de militants "radicaux" dans l'enceinte du Parlement après l'arrestation de 10 personnes soupçonnées de fabriquer des explosifs, dont l'une appartiendrait à un "groupe radical local".

La presse locale a rapporté que le groupe radical en question était le Parti national indépendant (PNI), né en janvier dans la mouvance dite "localiste".

Une page Facebook attribuée au PNI, sur laquelle les posts étaient tout récents, montrait une photographie de la Statue de la Liberté munie d'une faucille. Une autre page, disparue lundi, affichait selon la presse locale des messages demandant aux "Hongkongais de se préparer à des victimes" mercredi.

Des produits chimiques ont été retrouvés dans le district de Sai Kung (nord-est de Hong Kong). Des produits pouvant servir à la fabrication de peroxyde d'acétone (TATP), un explosif puissant mais très instable, ont été saisis lors d'une perquisition de domicile.

Des cartes du centre de Hong Kong ont aussi été découvertes, de même que des carabines à air comprimé et des masques.

Ces arrestations suscitent méfiance et perplexité au sein du camp prodémocratie qui craint un coup monté pour discréditer son combat et favoriser le revirement de ses membres les plus modérés, tentés par une solution de consensus.

Cinq hommes et une femme poursuivis pour "conspiration en vue de fabriquer des explosifs" devaient comparaître devant un tribunal mercredi. Un homme et trois femmes ont été libérés sous caution en attendant des investigations supplémentaires.

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