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17/06/2015 08:23 EDT | Actualisé 17/06/2016 01:12 EDT

Hong Kong: nouvelle épreuve de force avant le vote sur la réforme électorale

Une nouvelle épreuve de force s'est engagée mercredi à Hong Kong entre militants prodémocratie et pro-Pékin avec l'examen d'une réforme électorale controversée qui avait jeté ses opposants dans la rue l'an dernier.

Le texte débattu au Conseil législatif (Legco, le Parlement local), pour un vote prévu d'ici vendredi, fixe les modalités de l'élection en 2017 du chef de l'exécutif de l'ancienne colonie britannique, revenue dans le giron de la Chine en 1997.

Les députés prodémocratie ont déjà fait savoir qu'ils voteraient contre, ce qui signe d'avance la mise en échec du projet puisqu'il n'obtiendra pas la majorité des deux-tiers nécessaire à son adoption.

Comme Fion Wong, une femme d'une quarantaine d'années venue dénoncer "une prétendue démocratie", des centaines de manifestants se sont massées autour du Legco dont les accès étaient protégés par des barrières métalliques et des policiers en uniforme.

Face à eux, des partisans du gouvernement agitaient des drapeaux chinois en hurlant dans des hauts-parleurs des slogans favorables à la réforme.

A Pékin, le Quotidien du peuple a publié en une un éditorial mettant Hong Kong en garde contre le "chaos social" en cas de rejet de la réforme.

La numéro deux du gouvernement local, la députée Carrie Lam, a prévenu le camp d'en face en donnant le coup d'envoi des discussions: "ce gouvernement ne pourra relancer le processus" de réformes en cas de blocage, "le développement politique sera au point mort".

La députée pro-Pékin Regina Ip, a renchéri en assurant qu'un rejet constituerait "une grande perte". "Dans de nombreux pays occidentaux démocratiques avancés, tous les habitants ne disposent pas de droits égaux de désignation", a-t-elle lancé, en référence à la procédure électorale qualifiée de "parodie" par le mouvement prodémocratie.

- 'Pomme véreuse' et avenir 'préoccupant' -

Le projet de réforme prévoit pour la première fois d'instaurer le suffrage universel alors que le chef de l'exécutif était jusqu'alors désigné par un collège de grands électeurs loyal à Pékin.

Mais le Parti communiste chinois (PCC) gardera la haute main sur le processus puisque seuls deux ou trois candidats adoubés par un comité aux ordres seront autorisés à se présenter.

Les divisions politiques ont éclaté au grand jour à l'automne 2014 lorsque des dizaines de milliers de militants prodémocratie ont paralysé une partie de la ville deux mois durant, donnant naissance au désormais célèbre "Mouvement des parapluies".

Les prodémocratie sont revenus à la charge devant le LegCo. "Montrons au monde que nous ne sommes pas des imbéciles. Nous ne nous laisserons pas prendre à de telles illusions dans le but d'avoir une vie tranquille", a dit Claudia Mo, du Parti civique.

Adopter le texte dans l'espoir que Pékin adoucisse un jour sa position reviendrait "à empocher une pomme véreuse", a-t-elle ajouté.

Pékin a averti que Hong Kong, territoire autonome jouissant de larges prérogatives et de liberté inexistantes en Chine populaire, se préparait à un avenir "préoccupant" en cas de rejet.

La sécurité avait été renforcée autour du Legco, situé au coeur du quartier financier et administratif de la ville. La situation était calme en soirée et les débats, suspendus pour la nuit, reprendront jeudi matin.

La police dit vouloir prévenir l'intrusion de militants "radicaux" après l'arrestation de 10 personnes soupçonnées de fabriquer des explosifs, dont l'une appartiendrait à un "groupe radical local".

La presse locale a rapporté que le groupe radical en question était le Parti national indépendant (PNI), né en janvier dans la mouvance dite "localiste".

Des produits chimiques ont été retrouvés dans le district de Sai Kung (nord-est de Hong Kong). Des composants pouvant servir à la fabrication de peroxyde d'acétone (TATP), un explosif puissant mais très instable, ont été saisis lors d'une perquisition de domicile.

Ces arrestations suscitent méfiance et perplexité au sein du camp prodémocratie qui craint un coup monté pour discréditer son combat et favoriser le revirement de ses membres les plus modérés, tentés par une solution de consensus.

Cinq hommes poursuivis pour "conspiration en vue de fabriquer des explosifs" ont été placés en détention provisoire après avoir comparu devant un tribunal mercredi. Une femme a été libéré sous caution, comme l'avaient été la veille un homme et trois autres femmes, dans l'attente d'investigations supplémentaires.

at-lm/gab-ev

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