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17/06/2015 02:28 EDT | Actualisé 17/06/2016 01:12 EDT

En Tanzanie, l'histoire se répète pour les réfugiés burundais

Dans une tente exiguë de toile blanche, Benoît Niragira campe avec sa femme et ses trois enfants. Ce Burundais a fui en Tanzanie un climat pré-électoral délétère dans son pays, et comme nombre de ses compatriotes entassés dans le camp de Nyarugusu, le voyage a un goût amer de déjà vu.

Ces dernières décennies, au fil des guerres régionales, rébellions, massacres et génocide chez ses voisins, la Tanzanie a accueilli par centaines de milliers les populations d'Afrique des Grands Lacs, Burundais en tête.

Depuis le début de la crise politique qui secoue le Burundi, fin avril, elle en a encore vu arriver des dizaines de milliers.

Dans le camp de réfugiés de Nyarugusu, à une trentaine de km de la frontière burundaise, des abris de fortune s'étalent à perte de vue sur une terre rouge et poussiéreuse: les humanitaires craignent que le flux n'explose si la situation se détériore encore dans le petit pays voisin.

La première vague de Burundais est arrivée en Tanzanie en 1972, fuyant des massacres ethniques. Vingt ans plus tard, une guerre civile, qui fit quelque 300.000 morts entre 1993 et 2006, allait de nouveau pousser sur le sol tanzanien près d'un million d'entre eux. Parmi eux figurait Benoît Niragira, aujourd'hui trentenaire.

En 1993, à 12 ans, il a d'abord fui en République démocratique du Congo. Mais en 1996, la RDC est devenu le théâtre d'une guerre régionale et il a alors gagné la Tanzanie, pôle de stabilité régionale.

Benoît Niragira avait choisi de rentrer chez lui à la faveur du processus de paix d'Arusha, lancé en 2000 et qui avait ouvert la voie à la fin du conflit burundais.

"Je me suis marié, je suis devenu un homme et voilà que 10 ans après je me retrouve à nouveau en Tanzanie", confie-t-il. Comme beaucoup, il dit avoir fui les intimidations des jeunes du parti au pouvoir au Burundi, les Imbonerakure.

- 'Réflexe' tanzanien -

La crise dans laquelle le Burundi est englué, déclenchée par l'annonce de la candidature du président Pierre Nkurunziza à un troisième mandat, a été émaillée de violences meurtrières entre opposants au chef de l'Etat d'un côté et police et Imbonerakure - qualifiés de "milice" par l'ONU -, de l'autre.

Elle a poussé plus de 100.000 réfugiés vers le Rwanda, la RDC mais surtout la Tanzanie. Plus de 50.000 vivent à Nyarugusu, où ils cohabitent avec plus de 60.000 Congolais pour certains présents depuis 1996.

Pour Donavina Munduye, assise entre ses neuf enfants, l'histoire aussi se répète. Elle a déjà passé plus de 10 ans en Tanzanie: à Mtabila, 70 km plus au sud. Elle avait été rapatriée en 2012 lors de la fermeture de ce qui était alors le dernier camp burundais en Tanzanie.

Cette quadragénaire raconte "avoir eu des problèmes" dès son retour au Burundi, dans la région méridionale de Nyanza-Lac: "on n'a pas été accepté car on ne voulait pas adhérer au CNDD-FDD", le parti présidentiel.

Pour les Burundais qui, par la force des choses, ont grandi en Tanzanie, revenir ici quand les choses dégénèrent chez eux est un "réflexe", relève Yorgos Kapranis, chef du bureau régional de l'Office humanitaire de la Commission européenne (ECHO): "C'est là qu'ils se sentaient à l'aise".

En fermant Mtabila, la Tanzanie avait parallèlement naturalisé plus de 162.000 Burundais arrivés en 1972. Et le pays, qui avait aussi accueilli des centaines de milliers de Rwandais lors du génocide de 1994, espérait en avoir fini avec les vagues régionales de réfugiés.

Aujourd'hui, il s'inquiète de devoir de nouveau gérer les problèmes de la région. "Nous accueillons ces réfugiés et nous les avons toujours accueillis, mais ce que nous voulons c'est la paix et que les problèmes du Burundi n'entrent pas ici", explique Frederic Nisajilie, un responsable local de Nyarugusu.

"Il y a une déception énorme, pas seulement pour la Tanzanie mais également pour la communauté internationale", reconnaît M. Kapranis.

Une frustration d'autant plus grande que le Burundi est dans l'impasse, alors que Nyarugusu tourne à plus du double de sa capacité et les conditions sanitaires s'y dégradent: une épidémie de choléra qui a fait une trentaine de morts est maîtrisée, mais, selon l'ONU, les réfugiés sont aujourd'hui très exposés au paludisme.

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