NOUVELLES
17/06/2015 13:41 EDT | Actualisé 17/06/2016 01:12 EDT

Canada: le plus haut gradé accusé de minimiser les agressions sexuelles

Le chef d'Etat major canadien était dans la tourmente mercredi après avoir estimé qu'une "programmation biologique" distincte entre hommes et femmes expliquerait les agressions sexuelles commises par certains soldats.

"C'est parce que nous sommes programmés biologiquement d'une certaine manière que certains jugent raisonnable de s'imposer et d'imposer leurs désirs aux autres. Ca ne devrait pas être ainsi", a déclaré le général Tom Lawson, dans une interview diffusée la veille sur la chaîne publique CBC.

Quelques semaines après le dépôt d'un rapport accablant dénonçant "un problème incontestable de harcèlement et d'agressions sexuelles" dans l'armée, ces propos ont immédiatement été condamnés de toute part, y compris par des membres du gouvernement conservateur.

Le chef d'État major, qui soit céder son commandement dans les prochaines semaines, a donc été contraint de préciser ses déclarations.

"Je suis désolé d'avoir caractérisé maladroitement (...) l'inconduite sexuelle dans les Forces armées canadiennes", a-t-il déclaré mercredi dans un communiqué.

"Mon commentaire sur l'attirance biologique en tant que facteur d'agression sexuelle ne visait en aucun cas à exonérer de leurs responsabilités les personnes ayant commis un écart de conduite", a poursuivi le général Lawson.

Ces précisions n'ont toutefois pas suffi à calmer l'ire d'élus et de responsables d'associations de victimes, certains exigeant même le départ sine die du haut gradé.

Les agressions sexuelles constituent un crime et "ne peuvent pas être excusées par la biologie", a tonné le député Jack Harris, membre du premier parti d'opposition, le Nouveau parti démocratique (gauche).

Marc Garneau, un élu du parti libéral, la deuxième formation d'opposition, a exigé la démission du militaire. Le général Lawson "est-il en train de dire que +les garçons restent des garçons+?", s'est pour sa part interrogée une autre député libérale, Joyce Murray.

Une commission d'enquête a conclu dans un rapport fin avril que le "climat de sexualisation" qui règne dans l'armée canadienne crée "un milieu hostile aux femmes et aux LGTBQ (Lesbiennes, Gays, Transsexuels, Bisexuels, Queers) et propice aux incidents graves que sont le harcèlement sexuel et l'agression sexuelle".

Selon deux magazines ayant enquêté longuement sur les agressions sexuelles dans l'armée canadienne, une femme soldat sur dix a été victime d'agression sexuelle au cours de l'année 2012. Il y aurait ainsi chaque année 1.780 cas d'agressions sexuelles dans l'armée, selon les magazines L'Actualité et MacLean's qui ont éventé l'affaire.

amc-sab/mbr/sha