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11/06/2015 01:46 EDT | Actualisé 11/06/2015 01:47 EDT

FrancoFolies 2015: la force identitaire de Youssoupha (ENTREVUE/VIDÉO)

Trois ans après la parution de son album Noir D**** (Noir Désir), le rappeur français d’origine congolaise Youssoupha proposait tout récemment le très réussi NGRTD (on dit Négritude), que le principal intéressé qualifie de très personnel. Sur des musiques hip-hop aux teintes assez variées – rumba, électro, folk, voire quelques traces d’inspiration classique – Youssoupha dit écrire des textes de manière consciente, mais souligne qu’il chante surtout avec son cœur. Discussion outremer avec le trentenaire qui sera sur la scène du Métropolis, samedi soir, le 13 juin.

Qu’avez-vous retenu de votre passage à Montréal en septembre 2012?

C’était au Club Soda. Il y avait pas mal de monde. C’est resté frais dans ma mémoire, car c’était une expérience particulièrement plaisante. Je venais de sortir Noir Désir. L’album connaissait un succès critique et commercial. Les Montréalais ont été incroyables […] Dans quelques jours, ce sera au tour du Métropolis. Je peux dire que l’équipe des FrancoFolies de Montréal semble apprécier davantage ma musique que celle des FrancoFolies de La Rochelle, en France (il est ironique), où je n’ai pas joué cette année.

Votre tout récent album est titré Négritude. Qu’est-ce que ce mot évoque pour vous?

Ça évoque surtout mon parcours personnel, à commencer par ma naissance en Afrique. Négritude, c’est l’expression de quelqu’un qui défend son identité dans un contexte occidental. Mais je ne suis pas en bataille. C’est plutôt de la fierté. C’est une attitude, une approche, un état d’âme. Le complexe souvent associé à la négritude est devenu une force. Pour moi, c’est la négritude comme l’abordait (le poète et homme politique français) Aimé Césaire.

Cette idée de la négritude est en réaction à votre environnement en Europe?

Oui, j’imagine. Je pense que tout cela serait bien différent si j’étais demeuré en Afrique. Mais la négritude, pour moi, c’est une question de culture et non de race. Je crois que l’idée que je m’en fais se transpose dans toutes les sociétés de la planète. C’est d’abord une affaire de civilisation, d’éducation, de transmission, de partage. Il faut affirmer ses différences. J’aurai pris du temps, mais maintenant, je valorise ma négritude. Celle de Youssoupha, né d’une mère sénégalaise et d’un père congolais. Celle de l’enfant de la diaspora africaine en France.

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Dans la chanson Black Out, vous affirmez qu’il faut « rendre l’Afrique ». Qu’est-ce que vous entendez par ces propos ?

En raison de mes origines, je retourne souvent en Afrique. Je garde des liens forts. Grâce à ma carrière, j’ai pu aussi visiter plusieurs pays du continent. Il y a des Afriques et non une Afrique. Mais disons que plusieurs pays ont du mal à se trouver une identité forte et un avenir positif. Il y a un concept géopolitique qui se cache dans cette idée de rendre l’Afrique. C’est lié au principe de la mainmise des pays colonisateurs. On trouve encore aujourd’hui plein de preuves d’ingérence dans les pays africains. Une sorte de présence malsaine, parfois, qui n’incite pas au bon développement. Il y a un rapport direct avec le principe de souveraineté. Sans avoir une démarche très intellectuelle, j’avais envie de souligner ça dans mon travail.

Depuis le début de votre carrière, vous manifestez un grand respect pour MC Solaar. Vous pouvez précisez?

C’est un phare. Je respecte énormément cet artiste. Je me suis replongé dans son travail durant la production de NGRTD. Il est moins actif qu’avant, mais sa musique est toujours aussi pertinente.

Sur le morceau Entourage, vous abordez notamment les thèmes de la love musik et du rap conscient. C’est indissociable selon vous?

Oui et non. Moi, je considère que je fais plus de la love musik que du rap conscient. Je m’exprime plus avec mon cœur qu’avec ma tête. Mais parfois, je suis contradiction. Je crois qu’on peut faire les deux en même temps.

Dans plusieurs articles concernant votre dernier disque, on aborde souvent votre tendance à l’egotrip. Vous pouvez partager votre version des faits?

En fait, c’est un emprunt à la culture hip-hop nord-américaine. L’egotrip réfère à ces passages dans les chansons où je me mets volontairement en concurrence avec les autres rappeurs. C’est une sorte d’émulation par les performances. On valorise la compétition. On travaille sur les mots, le style, le flow, pour rivaliser avec les autres. Cela dit, c’est une sorte d’ironie. C’est pour le plaisir.

À la suite du succès de Noir Désir et maintenant de celui de NGRTD, votre vie a-t-elle grandement changé?

Le succès de Noir Désir a changé mon quotidien, c’est certain. Mon travail est plus facile aussi. J’attire davantage l’attention. Je peux également faire des tournées très intéressantes (plus de 300 dates pour Noir ****, qui s’est grosso modo écoulé à 400 000 exemplaires). Mais cette réussite, je l’apprivoise de manière sereine. Au début de ma carrière, j’ai peiné à vendre des albums. J’ai développé beaucoup de frustration à l’époque face à tout ça. Maintenant, je ne me soucie pas beaucoup moins des chiffres. En autant que les affaires tournent à mon label et que tout le monde s’en sort bien, moi ça va. Je peux dire en tout cas que le succès n’a rien changé dans ma démarche artistique. Je travaille fort. Je lis beaucoup. Je réfléchis toujours à plein de trucs… Pour Négritude, j’ai décidé de faire différent. Je critique moins. Même si j’émets des constants parfois un peu pessimistes, c’est lumineux […] Je vais bien. Je suis dans une belle étape de…

La communication téléphonique a coupé entre Youssoupha et notre journaliste. Impossible de reprendre la conversation dans l’heure qui a suivi. Pour la suite, donc, il faudra se présenter au Métropolis, le 13 juin.

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