POLITIQUE
10/06/2015 11:52 EDT

Ces milliers d'illégaux qui se cachent des autorités canadiennes (VIDÉO)

Ottawa a perdu la trace de 44 202 immigrants illégaux, dont plus du tiers se trouvent au Québec. « J'ai peur de me faire arrêter par la police », nous a confié une Mexicaine qui vit clandestinement à Montréal depuis quatre ans.

Un texte de Jean-Philippe Robillard

Selon l'Agence des services frontaliers, 22 204 des ressortissants étrangers recherchés par le gouvernement fédéral se cachent dans le Grand Toronto tandis que 16 217 autres trouvent refuge au Québec, particulièrement dans la région de Montréal.

Immigrants illégaux ayant des antécédents criminels

La plupart d'entre eux viennent de Chine, de l'Inde, du Pakistan, du Mexique et du Costa Rica.

Ces immigrants ont choisi de vivre illégalement au Canada après qu'Ottawa eut notamment refusé leur demande de réfugié. Le gouvernement ignore où ces immigrants se trouvent. Ils sont sous un mandat de renvoi. Certains pourraient avoir quitté le Canada.

Nombre de mandats de renvoi exécutés au Canada

Plusieurs groupes militent pour que le gouvernement régularise le statut de ces immigrants. L'avocat en immigration Richard Goldman croit qu'Ottawa devrait en mettre en place des mesures pour régulariser le statut de ces personnes qui vivent dans la clandestinité.

« Je pense qu'on pourrait régulariser les cas méritoires. Évidemment, ça ne réglera pas le cas de tout le monde, mais je pense que ça va régler le cas des personnes qui méritent vraiment la protection du Canada. »

— Me Richard Goldman, avocat en immigration

Selon l'Agence des services frontaliers, 2044 des 44 202 immigrants recherchés par Ottawa ont des antécédents criminels pour différents types d'infraction, certains pour des crimes graves. Le syndicat des douaniers soutient que le gouvernement doit en faire davantage pour retrouver et arrêter ces personnes.

Au Québec, 542 immigrants recherchés par le gouvernement ont un passé criminel tandis qu'on en compte 1159 en Ontario, dont 1031 à Toronto.

Le président du syndicat des douaniers, Jean-Pierre Fortin, soutient que le gouvernement doit en faire davantage pour retrouver et arrêter ces personnes. « Il va y en avoir qui vont être associés aux gangs de rue, aux organisations criminelles et potentiellement terroristes [...], c'est un chiffre qui devrait commencer à inquiéter la population. »

Le ministre de la Sécurité publique, Steven Blaney, a refusé de nous accorder une entrevue, mais son bureau nous a fait parvenir cette brève déclaration par courriel : « Nos agents des services frontaliers sont mandatés pour s'occuper de ceux qui violent les lois canadiennes. Les ressortissants étrangers qui abusent de la générosité des Canadiens sont renvoyés. Nous ne ferons pas de compromis sur l'intégrité de notre système d'immigration. »

Le Canada accueille annuellement environ 295 000 immigrants. Chaque année, quelques milliers d'immigrants illégaux recherchés sont retrouvés et arrêtés par l'Agence des services frontaliers ou les policiers.

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Vivre dans la clandestinité plutôt que partir

Nous avons rencontré une de ces personnes qui a choisi de vivre illégalement à Montréal. Pour une rare fois, elle a accepté de sortir de l'ombre et de nous parler de cette vie qu'elle mène dans la clandestinité. Les démarches ont été longues et ardues pour pouvoir rencontrer Guadalupe (nom fictif), une Mexicaine qui vit illégalement à Montréal depuis maintenant quatre ans, soit depuis qu'Ottawa a rejeté sa demande de statut de réfugié.

Arrivée en tant que touriste, la femme a refusé de quitter le pays lorsque sa demande a été rejetée par les autorités canadiennes, elle a plutôt choisi de rester ici avec ses enfants.

Pour elle, vivre dans la clandestinité à Montréal est mieux que de retourner dans son pays d'origine où la violence est omniprésente. Elle affirme avoir quitté le Mexique pour fuir les menaces des narcotrafiquants. « Il y a plus de sécurité ici pour ma famille et pour moi. J'ai trouvé ici un peu de liberté. »

Mais ce sentiment de liberté semble bien illusoire quand on regarde ce que la femme doit vivre pour demeurer au Canada. Chaque jour, elle dit craindre d'être retracée et déportée dans son pays d'origine.

« Dans n'importe quel parc, dans le métro, sur la rue, j'ai peur de me faire arrêter par la police. Si la police m'arrête, elle va m'envoyer à l'immigration et l'immigration va m'envoyer au Mexique. »

— Guadalupe, immigrante illégale qui vit à Montréal

Guadalupe craint tellement d'être retracée qu'elle ne fréquente que les endroits achalandés et ne prend jamais le métro de peur qu'un agent lui demande ses papiers, elle qui n'a aucune pièce d'identité.

Pour vivre à Montréal, Guadalupe doit cumuler quatre emplois et travailler parfois jusqu'à 75 heures par semaine, la plupart du temps avec un salaire de misère.

« Vivre sans papier, c'est le plus difficile. C'est difficile, je trouve du travail moins bien payé, moins que le salaire minimum. Je travaille dans toute sorte de choses, comme nettoyer les maisons. »

— Guadalupe, immigrante illégale qui vit à Montréal

Sans soins et sans droits

Mais sans papier, c'est impossible pour Guadalupe de faire valoir ses droits auprès de ses employeurs et de dénoncer ceux qui abusent d'elle.

Il est difficile aussi pour elle d'avoir accès un médecin étant donné qu'elle n'a pas de carte d'assurance-maladie et qu'elle est recherchée par l'immigration. Elle affirme d'ailleurs n'avoir pas consulté un médecin depuis quatre ans par crainte d'être dénoncée.

« Je ne suis pas à la même égalité que toutes les personnes qui habitent ici. Je n'ai pas le droit à un médecin, d'aller à l'hôpital, d'avoir des services médicaux. C'est difficile. »

— Guadalupe, immigrante illégale qui vit à Montréal

Pour se soigner et soigner ses enfants, elle doit donc se débrouiller avec les médicaments qui sont en vente libre à la pharmacie.

Mais Guadalupe se console en se disant que ses enfants peuvent fréquenter l'école et s'instruire. Mais elle se demande pour combien de temps encore. Que va-t-il arriver le jour où ils devront aller au cégep ou à l'université? Déjà, un de ses enfants, son fils de 17 ans a été arrêté et déporté au Mexique l'an dernier après avoir été dénoncé alors qu'il allait avoir des amis à son ancienne école. Il vit maintenant chez des membres de la famille au Mexique, mais Guadalupe continue de l'aider « Il cherche un travail là-bas. Je dois faire des économies pour lui envoyer de l'argent ».

Malgré tout, Guadalupe garde espoir que le gouvernement canadien lui ouvrira ses portes. Elle a d'ailleurs déposé une demande de résidence permanente pour circonstance d'ordre humanitaire. Elle demande aujourd'hui au ministre de l'Immigration Chris Alexander de lui donner autre chance. « Je pense que si le ministre de l'Immigration étudie mon cas, mon dossier [...] il y a beaucoup de choses qui sont en ma faveur et peut-être qu'il va m'accepter. »

En attendant la réponse du gouvernement, Guadalupe va continuer de se cacher.

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