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03/06/2015 11:36 EDT | Actualisé 03/06/2016 01:12 EDT

USA: le commerce extérieur retrouve des couleurs malgré le dollar fort

Les Etats-Unis ont-ils fini de souffrir du dollar fort? Le déficit commercial américain s'est en tout cas nettement réduit en avril après avoir plombé l'économie du pays au début de l'année.

Une telle décrue n'avait pas été vue depuis plus de six ans. En un mois, le solde chroniquement déficitaire des échanges des Etats-Unis avec le reste du monde s'est établi à 40,9 milliards de dollars, fondant de près d'un cinquième par rapport à mars, selon les données publiées mercredi par le département du Commerce.

Bravant la force du billet vert, les exportations américaines de biens et de services ont repris des couleurs en avril en gagnant 1,0% en un mois après avoir encaissé un recul record en mars.

Les industriels américains ont notamment réussi à vendre à l'étranger beaucoup plus d'avions civils (+20%) et, dans une moindre mesure, plus de voitures (+1,6%) et d'ordinateurs, selon les données officielles.

Dans le même temps, les importations ont nettement reculé par rapport à mars (-3,3%), les consommateurs américains freinant leur appétit pour les téléphones portables ou les produits textiles fabriqués à l'étranger.

Cette embellie tombe à point nommé aux Etats-Unis. Au mois de mars, le déficit commercial avait atteint un pic sans précédent depuis près de sept ans, donnant des sueurs froides aux industriels américains pénalisés par la flambée du dollar qui rend leurs produits moins compétitifs et amputent leurs marges.

Le billet vert s'est cependant nettement replié au cours du mois d'avril, en particulier par rapport à l'euro, qui a repris de l'allant après être tombé non loin de la parité en début d'année. Désormais, les deux devises gravitent entre 1,10 et 1,15 dollar pour un euro.

Sur l'ensemble du premier trimestre, ce trou du commerce extérieur a même contribué à faire plonger la première économie mondiale, avec un recul du produit intérieur brut américain de 0,7% qui conforte les craintes de la présidente de la banque centrale américaine (Fed).

Mi-mars, Janet Yellen avait ainsi prévenu que le dollar fort serait un "poids" pour l'économie du pays cette année.

- Panne sèche -

L'embellie d'avril s'avère donc cruciale après cette panne sèche et pourrait augurer d'un retournement de tendance salutaire pour l'économie américaine.

"Le frein immense que le commerce a fait peser sur le PIB au premier trimestre ne se répètera sans doute pas au deuxième trimestre", a estimé Jim O'Sullivan, chef économiste de High Frequency Economics, qui estime même que la contribution à la croissance pourrait être positive.

"Une des principales raisons pour lesquelles l'économie s'est contractée au premier trimestre tient à l'aggravation du déficit commercial. Mais cela semble appartenir du passé", a abondé l'économiste indépendant Joel Naroff.

Selon les analystes de Barclays, l'embellie d'avril a toutefois principalement été "portée" par un facteur purement conjoncturel: la fin de la grève des dockers sur la côte Ouest du pays, rampe de lancement des exportations américaines vers la prospère région Asie-Pacifique.

Portés par la fin de ce long conflit social, les Etats-Unis ont pu en avril se féliciter d'un recul des déséquilibres commerciaux avec la Chine, que certains à Washington accuse de pratiques déloyales.

Le déficit avec Pékin sur les biens reste abyssal mais il a décru de 15,0% par rapport à mars, à 26,5 milliards de dollars, selon les données brutes du ministère.

Des zones d'ombre subsistent toutefois.

Le déficit américain avec l'Union européenne a continué de grossir, reflétant là encore l'appréciation du dollar par rapport à l'euro: il a augmenté de 5,5% à 13,3 milliards de dollars, plombé notamment par les échanges de biens avec l'Allemagne et le Royaume-Uni.

Surtout, le sort du billet vert reste encore fluctuant. Si les négociations entre la Grèce et ses créanciers internationaux s'effondrent, le dollar pourrait ainsi encore s'apprécier, au risque de déstabiliser une nouvelle fois l'économie américaine.

"On ne sait pas encore trop où nous allons", a résumé Joel Naroff.

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