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03/06/2015 11:39 EDT | Actualisé 03/06/2016 01:12 EDT

Russie : le bureau d'une ONG critique du pouvoir tchétchène attaqué à Grozny

Les locaux du Comité russe contre la torture, l'une des dernières organisations de défense des droits de l'homme actives en Tchétchénie, ont été saccagés mercredi à Grozny par des inconnus masqués, a annoncé l'ONG, dénonçant la passivité de la police locale.

Les assaillants "ont enfoncé les portes du bureau et commencé à tout saccager", a écrit l'ONG sur son compte Twitter, en précisant que ses employés avaient dû fuir par la fenêtre.

"J'ai sauté par la fenêtre du deuxième étage, puis notre stagiaire a sauté aussi", a raconté un membre de l'ONG, Anatoli Kouznetsov, au site d'information proche de l'opposition Zona.media.

Les assaillants ont également attaqué une voiture de service du Comité, garée près du bureau, et tenté d'enfoncer la porte de l'appartement d'un de ses employés, situé dans le même immeuble de Grozny, la capitale tchétchène.

"Nous avons essayé de joindre par téléphone pendant une heure le ministère de l'Intérieur tchétchène, la police et le comité d'enquête de Tchétchénie. Mais personne n'a réagi", a affirmé mercredi l'ONG.

Le responsable du Comité contre la torture, Igor Kaliapine, a indiqué par la suite que les assaillants avaient également saisi plusieurs documents. "Emporter les documents du bureau ne s'inscrit pas pas tout à fait dans le comportement de quelqu'un qui est venu pour faire du désordre", a-t-il écrit sur sa page sur Facebook.

En décembre, le Comité contre la torture avait déjà été attaqué. Ses locaux et ceux de militants avaient été perquisitionnés après qu'ils eurent critiqué Ramzan Kadyrov, l'homme fort fidèle au Kremlin de cette république russe du Caucase.

La nouvelles attaque est survenue alors que des dizaines de personnes étaient réunies mercredi matin devant l'immeuble abritant le bureau de l'ONG, l'accusant de pratiquer la défense "sélective" des droits de l'homme.

Ils ont brandi notamment des pancartes de soutien à Djamboulat Dadaev, un Tchétchène tué dans une opération spéciale de la police russe en avril, un incident qui avait provoqué la colère du président Ramzan Kadyrov affirmant que la police tchétchène n'avait pas été informée de cette opération à l'avance.

Pour sa part, la télévision tchétchène a annoncé qu'une "manifestation des ONG et des représentants de la société civile" s'était déroulée mercredi devant les locaux du Comité contre la torture à Grozny, pour dénoncer la "politisation de la défense des droits de l'homme".

M. Kadyrov a assuré à la presse qu'une enquête était en cours après cette attaque, et que "à l'issue de l'enquête, des mesures prévues par la loi seront prises".

Le ministère de l'Intérieur tchétchène a annoncé l'interpellation d'une trentaine de manifestants.

Théâtre de deux interventions meurtrières de l'armée russe dans les années 1990 puis au début des années 2000, face à une rébellion d'abord séparatiste et qui s'était progressivement islamisée, la Tchétchénie est dirigée d'une main de fer par Ramzan Kadyrov, avec l'appui du Kremlin.

Les organisations et militants pour les droits de l'homme accusent régulièrement M. Kadyrov d'exactions et de semer la terreur en Tchétchénie, ainsi que d'avoir instauré le culte de sa personnalité et de celle de son père, président de la Tchétchénie jusqu'à sa mort en 2004.

mp/gmo/mct