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03/06/2015 08:50 EDT | Actualisé 03/06/2016 01:12 EDT

Roland-Garros - Wawrinka se nourrit de l'adversité

Stan Wawrinka, que Jo-Wilfried Tsonga devra mater vendredi pour atteindre sa première finale à Roland-Garros, est un animal à sang froid, pugnace au possible et qui n'est jamais aussi fort que dans l'adversité.

La trajectoire du Suisse, N.9 mondial, est indissociable de celle de Roger Federer. Pendant des années, Wawrinka est resté dans l'ombre de son illustre compatriote, l'homme aux 17 titres du Grand Chelem.

Membre confirmé du Top 20 depuis 2008 (à de rares exceptions près), le Vaudois a longtemps été capable de coups d'éclats, mais sans lendemains.

Avec son exceptionnel revers à un main et son physique de bulldozer - qui lui a valu son surnom de "Stanimal" -, il pouvait rivaliser par séquences avec les meilleurs mondiaux. Par séquences seulement.

Mais Wawrinka a toujours été animé par une détermination farouche, au service d'une impressionnante éthique de travail. Ce sont ces valeurs de col bleu qui lui ont permis de graduellement partager la lumière avec Federer.

La bascule a eu lieu à l'Open d'Australie en 2014. A Melbourne, il avait d'abord éliminé Novak Djokovic en quart de finale, puis Rafael Nadal en finale, pour décrocher son premier titre en Grand Chelem.

Une consécration pour lui à 28 ans. D'autant que cette victoire lui a permis de monter jusqu'au 3e rang mondial et de devenir N.1 suisse, devançant ainsi pour la première fois son aîné.

Après son épopée aux Antipodes, il a enchaîné sur sa première victoire en Masters 1000, à Monte-Carlo. Le reste de sa saison 2014 a été moins réussi. Il s'est ainsi arrêté au premier tour à Roland-Garros.

Wawrinka a eu du mal à accepter de ne pas toujours évoluer au niveau qui avait été le sien à Melbourne. Mais encore une fois, il s'est accroché et n'a pas raté son autre grand rendez-vous de la saison: la finale de la Coupe Davis en France.

- 'Je veux m'améliorer' -

Il a même été le grand bonhomme du triomphe suisse, alors que Federer était diminué par une blessure au dos. Il aurait pourtant pu être déstabilisé par ce qui s'était passé quelques jours avant, au Masters.

A Londres, Federer l'avait battu en demi-finale, après avoir sauvé quatre balles de match. Mais Wawrinka s'était surtout plaint du comportement de la femme de Federer, Mirka, qui lui avait tenu des propos peu amènes depuis les tribunes. Un incident vite connu sous le nom de "Mirkagate".

Les deux joueurs avaient évacué toutes les frictions en quelques heures. Et Wawrinka avait été sublime en finale de la Coupe Davis, anéantissant Tsonga lors du premier match, le Français étant il est vrai diminué par une douleur au bras droit.

Cette saison, Wawrinka a encore connu deux mois difficiles au coeur de l'hiver, en même temps qu'il se séparait de son épouse Ilham. Mais là aussi, il n'a pas tardé à rebondir jusqu'à battre Federer mardi, pour accéder à sa première demi-finale à Roland-Garros.

"J'ai eu deux mois difficiles, mais sinon, globalement, j'ai été solide. Je n'ai pas paniqué. Au contraire. J'étais assez confiant quand j'étais sur le court", a-t-il expliqué après ce quart de finale.

"Si je suis dans le trou, si je joue moins bien, vous savez ce que je fais? Plutôt que pleurer, je me bouge le c.... Désolé pour le langage, mais c'est ce que je fais. Je veux m'améliorer. Je veux toujours trouver ce qui va me permettre de progresser."

Wawrinka n'a pas sa langue dans sa poche. Après la victoire en Coupe Davis, il s'était un peu laissé aller à "chambrer" ses adversaires, ce que le public français n'a pas oublié. Le Central devrait donc lui réserver un accueil glacial vendredi.

Mais il n'y a pas de quoi le perturber. "Quand j'ai joué (Gilles) Simon sur le Lenglen (en huitièmes), j'ai été hué par le public. Ça ne m'affecte pas vraiment", assure-t-il, avec le regard vorace de celui que les contrariétés galvanisent.

cyb/tba