NOUVELLES
03/06/2015 14:56 EDT | Actualisé 03/06/2016 01:12 EDT

Renault prépare en coulisse son retour

Renault pourrait redevenir une équipe à part entière. Les jeux de coulisse s'intensifient, car l'entreprise française veut un meilleur retour sur son investissement.

Un texte de Philippe Crépeau

Renault n'est pas heureuse de la situation actuelle. Comme motoriste, son groupe propulseur ne satisfait pas ses partenaires Red Bull et Toro Rosso.

Trop de problèmes de fiabilité ont miné les relations avec ses partenaires depuis le retour des moteurs turbocompressés hybrides en 2014.

Renault cherche encore à fiabiliser son moteur 2015 alors que Mercedes-Benz et Ferrari apportent à Montréal des améliorations en performance à leurs moteurs. La presse spécialisée avait révélé en avril quye Ferrari préparait un gain en performance de 20 à 30 chevaux pour le Grand Prix du Canada, à Montréal.

Ce qui diminuerait l'écart de performance des moteurs des deux équipes à 15 chevaux, toujours en faveur de Mercedes-Benz.

Pour l'instant, Renault est loin du compte. L'entreprise française dépense environ 120 milllions de dollars pour offrir ses moteurs à ses partenaires, or la publicité qu'elle en retire est largement négative. Ce qui n'est pas du goût de la haute direction du groupe Nissan-Renault.

Le responsable du programme F1 de Renault Cyril Abiteboul fait profil bas en ce moment, conscient des carences du moteur français, mais en coulisse, il prépare le retour d'une écurie Renault.

Le scandale du Grand Prix de Singapour de 2009 est loin (accident volontaire de Nelson Piquet fils pour assurer un meilleur résultat à Fernando Alonso), les personnes impliquées ont purgé leur peine.

Renault explore ses options. Il y a bien sûr Lotus, qui utilise les installations de Enstone en Angleterre, où étaient construits les châssis Renault jusqu'en 2010.

Il semble que l'équipe Manor soit une cible de choix pour Renault.

L'équipe britannique a fragilisé ses liens avec Ferrari, après la perte de Jules Bianchi (dans le coma depuis le Grand Prix du Japon de 2014) et les factures non payées par Marussia pour les moteurs italiens. Le groupe automobile russe a d'ailleurs quitté la F1, lourdement endetté.

L'équipe a repris son nom de naissance, après avoir été sauvée cet hiver (grâce aux deux points marqués par Bianchi à Monaco en 2014), alors qu'elle avait déposé son bilan en octobre après l'accident du pilote français.

Avec une voiture 2014 adaptée aux normes 2015, Manor a reçu le feu vert de la FIA et peut participer à la saison de F1.

Manor, qui travaille à mettre en piste sa voiture 2015 dans le courant de l'été, vient d'engager l'ingénieur britannique Bob Bell.

Il était le directeur technique de l'équipe Renault entre 2001 et 2010. Bell a fait le saut chez Mercedes-Benz entre 2011 et 2014, mais est retourné depuis chez Renault.

Son arrivée chez Manor a étonné la presse spécialisée, qui a vu dans ce geste le premier pas de Renault pour placer ses pions dans cette équipe moribonde.

Tant qu'à dépenser en F1 sans avoir les bénéfices qui viennent avec, Renault souhaite un retour garanti sur son investissement en terme de commandite et de visibilité. Mercedes-Benz aurait dépensé 170 millions de dollars en 2014 (en enlevant la part provenant de la FOM, basée sur les résultats, et des ententes commerciales).

Bernie Ecclestone verrait d'un bon oeil le retour de Renault, lui qui attend impatiemment l'arrivée d'Audi (l'équipe Red Bull serait intéressée).

Plus le Championnat de F1 attire les grandes entreprises automobiles, plus il augmente sa valeur commerciale, et intéresse le monde des affaires.

Une plus-value dont peuvent très bien se servir les promoteurs intéressés par la F1 (ou déjà en F1) pour mieux vendre leur événement.

« C'est évident que les grands manufacturiers ont une plus grande capacité d'activation de leurs commandites et de leurs partenariats avec les équipes qui pourraient faciliter les choses, a expliqué François Dumontier à Radio-Canada Sports, mais ça n'a pas d'impact direct sur les discussions qu'on a avec nos commanditaires. »

Renault a fait sa réputation avec la première génération des moteurs turbos dans les années 70. Même si les premiers moteurs fumaient beaucoup, ce qui leur avait valu le surnom de yellow tea pot (théière jaune) par la presse britannique.

Alors assistera-t-on en 2016 au retour des théières jaunes ? Le groupe Renault-Nissan a fait ses calculs, et le PDG Carlos Ghosn est de retour dans les paddocks de F1. Il a eu une longue conversation avec Bernie Ecclestone à Monaco.