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03/06/2015 07:46 EDT | Actualisé 03/06/2016 01:12 EDT

Le secteur aéronautique parvient à surmonter les turbulences

Des milliers de mises à pied chez Bombardier, des centaines d'autres chez Bell Helicopter; ces données déprimantes donnent l'impression que le secteur aéronautique canadien - et surtout québécois - n'est pas en bonne santé. Mais contrairement aux apparences, l'industrie demeure vigoureuse.

Un texte de Jean-Michel Leprince

Des compagnies comme Pratt & Whitney, qui fabrique des moteurs d'avions et d'hélicoptères, sont très stables; CAE, fabricant de simulateurs de vols, enregistre de bons résultats financiers; Heroux Devtek, spécialisée dans les trains d'atterrissage, est en mode acquisition un peu partout dans le monde.

De son côté, l'École nationale d'aéronautique (ENA), qui dépend du Cégep Édouard-Montpetit, à Longueuil, continue d'attirer de futurs techniciens ou ingénieurs en aéronautique, malgré les soubresauts dans l'industrie.

L'ENA fête ses 50 ans. Depuis sa création, elle a formé plus de 10 000 spécialistes de l'aviation. « À date, on ne voit pas un lien direct entre les annonces [de mises à pied] et notre taux de demandes d'admission », dit Serge Brasset, PDG de l'ENA.

« Les étudiants nous disent : on n'est pas inquiets parce que, bon an mal an, l'industrie aérospatiale a toujours été depuis 40 ans en progression au Québec, quand on fait la moyenne », poursuit-il.

Bell Helicopter

Le 28 avril 2015, le constructeur Bell Helicopter, une société appartenant au géant Textron, a supprimé 1100 emplois à travers le monde, dont près de 300 à ses installations de Mirabel, où travaillent 1450 personnes.

L'entreprise basée au Texas justifie sa décision de mettre à pied une partie de sa main d'oeuvre par la réduction de la production de l'hélicoptère militaire V-22, la lente reprise dans le secteur commercial et la faiblesse des marchés en Russie et en Chine.

L'usine de Mirabel se consacre aux appareils civils. Ses vedettes, les modèles 407, 412 et 429, sont des appareils fiables et durables. Mais ceux-ci font face à une vive concurrence d'Airbus Helicopters, qui bénéficie en Europe de marchés privilégiés.

« C'est encore une question de casser les prix. On vous arrive avec une machine sexy et en plus, on la vend moins cher. Les gens se laissent attirer dans beaucoup de cas », soutient Philippe Cauchi, analyste et fondateur du site Info Aéro Québec.

L'entreprise demeure optimiste malgré le contexte actuel. Bell a remporté le contrat pour équiper la Garde côtière canadienne de sept hélicoptères de type Bell 429, au coût de 156 millions de dollars, un contrat contesté par Airbus. L'an dernier, Bell Helicopter avait également décroché le contrat du gouvernement fédéral pour 15 autres appareils légers. Bell est aussi parvenue à percer légèrement en Europe et en Asie.

« Nous avons gagné le contrat de la Garde côtière, nous avons fait des gains en Europe - 54 appareils 429 vendus -, en Asie. Nous avons fait des gains dans tous les créneaux. En Europe, nous avons gagné le contrat pour équiper la police nationale suédoise. Ce sont des clients forts, des clients cibles, qui témoignent de la valeur de nos produits », affirme Raymond Leduc, PDG de Bell Helicopter Canada.

L'usine de Mirabel développe et teste le nouveau Bell 505, un modèle d'entrée de gamme, mais il sera assemblé en Louisiane, tout comme le 525, le plus gros hélicoptère de l'entreprise.

Pratt & Whitney et la recherche et développement

Pratt & Whitney a aussi des raisons de demeurer confiante en l'avenir. L'entreprise compte 6000 employés au Canada, dont 4800 au Québec. Sa plus grande usine est à Longueuil. Filiale de la compagnie américaine du même nom, elle dispose d'une assez grande autonomie dans ses projets.

« La recherche et développement, c'est notre futur. Nos employés aujourd'hui travaillent à fabriquer des pièces et assembler des moteurs qui ont été conçus il y a 7 ou 8 ans. [...] Donc, cette capacité à toujours continuer à réinventer et réinvestir dans le futur de l'organisation est très importante », souligne Kevin P. Smith, vice-président de Pratt & Whitney Canada.

« Bon an mal an, on dépense toujours en recherche, car c'est le nerf de la guerre. Quand les marchés se sont effondrés, Pratt & Whitney maintenait toujours son plus de 400 millions par année en recherche, c'est deux fois plus que Bombardier », précise l'analyste Philippe Cauchi.