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03/06/2015 17:43 EDT | Actualisé 03/06/2016 01:12 EDT

Journaliste torturée en Colombie: libération d'un ex-paramilitaire malgré ses aveux

Un ex-paramilitaire colombien, qui avait reconnu avoir séquestré et torturé une célèbre journaliste d'investigation en 2000, a été remis en liberté par la justice après s'être rétracté, a annoncé mercredi le parquet.

Membre d'une milice d'extrême droite à cette époque, Alejandro Cadenas Orozco avait avoué en 2011 avoir participé à l'enlèvement de Jineth Bedoya, une journaliste renommée qui enquêtait sur les groupes paramilitaires dans ce pays en proie à plus d'un demi-siècle de conflit armé.

Il s'était rétracté deux ans plus tard dans cette affaire qui avait suscité une forte émotion en Colombie. Sa confession s'inscrivait dans le cadre d'une loi dite "Justice et paix" prévoyant pour les paramilitaires démobilisés des réductions de peine en échange d'aveux.

La remise en liberté de l'ancien paramilitaire n'est pas "une mesure définitive", étant susceptible d'appel, a précisé Misael Rodriguez, le magistrat chargé des droits de l'homme au sein du parquet colombien, dans une déclaration à la télévision RCN.

Agée de 26 ans lors de son enlèvement, Jineth Bedoya, qui travaillait pour le quotidien El Espectador, avait été violée durant sa captivité et abandonnée nue dans une décharge. Racontant avoir été torturée durant 16 heures, elle avait formellement identifié l'ancien paramilitaire.

Mme Bedoya, qui est toujours journaliste, a condamné la remise en liberté de ce dernier. "Les procureurs ont ordonné la libération d'un de mes violeurs. Mon coeur est blessé, mais ma dignité est intacte", a-t-elle réagi sur Twitter.

La Fondation pour la liberté de la presse (Flip), principale organisation colombienne de défense des journalistes, a aussi fustigé cette décision, déplorant que la justice ait donné "plus de poids à la version du bourreau qu'à celle de la victime".

Nées dans les années 80 pour combattre les guérillas communistes comme celle des Farc (Forces armées révolutionnaires de Colombie), les milices paramilitaires, tenues pour responsables de nombreux massacres de civils, parfois en collusion avec l'armée, ont été officiellement démobilisées entre 2003 et 2006.

Le gouvernement colombien mène actuellement avec les Farc, principale rébellion du pays, des pourparlers de paix délocalisés depuis novembre 2012 à Cuba, dans l'espoir de résoudre le plus vieux conflit d'Amérique latine, qui a fait officiellement quelque 220.000 morts.

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