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03/06/2015 12:29 EDT | Actualisé 03/06/2016 01:12 EDT

Jack Warner, le "Robin des bois" au coeur du scandale de la Fifa

Le Trinidadien Jack Warner, ancien vice-président de la Fifa avait promis en 2011 un "tsunami" dans le football. Il n'avait probablement pas prévu de se retrouver, quelques années plus tard, au coeur du gigantesque scandale de corruption qui ébranle le football mondial.

L'instance dont il a claqué la porte avec fracas en dénonçant ses pratiques vacille aujourd'hui mais Jack Warner, 72 ans, prend de plein fouet un boomerang qu'il a lancé il y a quatre ans.

Il fait partie des 9 dirigeants de la Fifa inculpés pour "paiements illégaux, corruption, racket et blanchiment d'argent", sur plus de 20 ans, et soupçonnés d'avoir pipé plusieurs attributions de Coupe du monde.

L'ancien président de la Concacaf, la confédération d'Amérique du nord, centrale et Caraïbes, "a entre autres sollicité et obtenu des pots-de-vin dans le cadre des processus d'attribution des Coupes du monde 1998 et 2010", en France et en Afrique du Sud, selon la justice américaine.

Décrit comme charismatique par les uns, renfermé par les autres, l'ancien poids lourd du football au crâne rasé n'a pas été arrêté dans un luxueux hôtel suisse: il s'est présenté volontairement mercredi 27 mai devant les services anti-fraude de la police locale de Trinidad et Tobago, sûr de son fait.

Placé en garde à vue durant 24 heures, il a été libéré après le versement d'une caution d'environ 400.000 dollars.

La justice doit statuer en juillet sur la demande d'extradition le concernant formulée par la justice américaine.

Son nom est encore apparu il y a quelques jours lorsque la presse américaine a révélé un versement de 10 millions de dollars sur un compte qu'il gérait, effectué par le secrétaire général de la Fifa et bras droit de Sepp Blatter, qui, acculé, a démissioné mardi.

Versement illégal ou non, la révélation fragilise un peu plus celui qui a été placé mercredi sur la liste des personnes les plus recherchées par Interpol, qui a émis une "notice rouge" le concernant.

- Robin des bois -

Pas de quoi impressionner l'ancien ministre de la sécurité nationale de Trinidad et Tobago, qui a choisi une vidéo, postée sur son compte Facebook, pour répondre aux critiques.

"Tout ceci a pour origine la candidature malheureuse des Etats-Unis pour organiser la Coupe du monde 2022", a-t-il lancé, assis dans un bureau en polo vert fluo.

La vidéo a ensuite été effacée. Et pour cause, pour étayer son argumentaire, il s'est appuyé sur un article du site satirique The Onion, ce qui lui a valu d'être largement moqué sur les réseaux sociaux.

L'affaire pourrait pourtant faire chuter l'ancien grand nom du football mondial.

Autrefois professeur des écoles, il a grimpé tous les échelons du ballond rond, de l'Union des Caraïbes de football à la présidence de la Concacaf (1990-2011) et la vice-présidence de la Fifa.

Sa carrière dans les hautes instances a été émaillée d'affaires: ventes frauduleuses de billets, allocation de fonds destinés aux victimes du séisme en Haïti pour regarder des matches de football...

Jusqu'à ce que les ennuis deviennent plus sérieux. En 2011, il se trouve au centre d'un scandale de fraude électorale présumée et est entendu par le comité d'éthique de la Fédération.

Il est soupçonné d'avoir voulu acheter des responsables caribéens en faveur de la campagne du Qatari Mohamed Ben Hammam.

Suspendu, il n'entend pas en rester là. En mai 2011, il annonce un "tsunami", juste avant la précédente élection du président de la Fifa.

"Dans les prochains jours, vous allez voir un tsunami dans le football qui va frapper la Fifa et le monde et qui va vous choquer", avait-il juré.

"Le temps est venu pour que j'arrête de faire le mort (...) cela fait 29 ans que je suis là et si le pire arrive, qu'il arrive".

Une prémonition seulement, car malgré ses révélations de l'époque, notamment des échanges de courriels sur l'achat présumé du Mondial 2022 par le Qatar, ou encore sur un "don" d'un million de dollars de Sepp Blatter à la Concacaf, ce dernier s'en était sorti indemne tandis que Jack Warner a du démissioner de toutes ses fonctions.

Jusqu'ici, c'est la personnalité de Jack Warner qui l'a toujours sauvé, estime Lasana Liburd, journaliste sportif trinidadien qui suit sa carrière depuis 20 ans.

"C'est un fanstastique vendeur, c'est grâce à ça qu'il a si bien réussi (...) Il essaie toujours de se montrer invincible, intouchable", a-t-il ajouté.

Jack Warner s'est désormais reconverti dans la politique, et se trouve à la tête du Parti libéral indépendant, parti d'opposition à Trinidad et Tobago, où il se présente "comme un Robin des bois", explique le journaliste.

"Il aimerait que les gens pensent qu'il prend de l'argent aux riches nations pour le redistribuer à Trinidad. Il essaie de vendre ça".

du/sha/vog