NOUVELLES
03/06/2015 08:24 EDT | Actualisé 03/06/2016 01:12 EDT

Fifa/Corruption - Pourquoi Joseph Blatter a-t-il changé d'avis ?

Il semblait inébranlable malgré le scandale planétaire, vendredi lors de sa réélection à la présidence de la Fifa. Quatre jours plus tard, il démissionne à la surprise même de ceux qui réclamaient sa tête. Pression de la justice, de l'opinion, des sponsor? Quelles peuvent être les raisons qui ont poussé Sepp Blatter à partir?

L'étau judiciaire se resserre-t-il?

"Nous n'étions pas nous-même au courant de ce qu'il allait annoncer", assure une source bien placée à la Fifa. Peu avant 19h00 mardi, Blatter prend tout le monde de court en annonçant qu'il renonce à son poste (qu'il ne quittera toutefois pas avant au moins décembre et une nouvelle élection).

Le matin même, son réveil a été difficile: le New York Times a mis en cause son bras droit, le secrétaire général Jérôme Valcke.

Selon le journal américain, le Français est impliqué dans un versement de 10 millions de dollars sur des comptes gérés par le personnage central du scandale qui ébranle la Fifa, Jack Warner. Ancien vice-président de la Fifa et ex-président de la Concacaf (Confédération d'Amérique du nord, centrale et Caraïbes), Warner, originaire de Trinidad et Tobago, est déjà inculpé par la justice américaine.

La Fifa reconnaît avoir procédé à un virement de 10 M USD "dans le cadre du développement du football dans les Caraïbes" mais assure que "ni Jérôme Valcke ni aucun haut responsable de la Fifa n'était concerné".

Pour autant, c'est la première fois que les accusations se rapprochent autant de Blatter.

Et mercredi, au lendemain de sa démission, des médias américains assurent que le Suisse est désormais lui-même dans le collimateur de la justice américaine. Pour le New York Times, Blatter "a tenté depuis des jours de prendre ses distances vis-à-vis du scandale", mais les autorités "espèrent obtenir la coopération de certains des responsables de la Fifa inculpés" pour corruption pour resserrer l'étau autour de lui. La chaîne ABC News fait également état d'une enquête du FBI visant directement Blatter, en citant des responsables anonymes des forces de l'ordre ainsi que des sources proches du dossier, mais sans donner de détails.

Lorsqu'il a annoncé sa démission, Blatter savait-il que la presse américaine s'apprêtait à le mettre en cause?

"L'enquête se poursuit", s'est bornée à répéter, mutique, le procureur général américain Loretta Lynch mercredi.

Dans l'autre enquête en cours sur la Fifa, en Suisse, la justice helvétique a indiqué mardi que la démission de Blatter n'avait pas d'incidence sur la procédure pénale" en cours. Le procureur général suisse a souligné que M. Blatter n'avait à ce stade "pas le statut de prévenu".

Haro sur Blatter

"Même si j'ai été réélu, je n'avais pas le soutien de tout le monde du foot", a-t-il expliqué pour justifier sa démission. Ou l'art de la litote: il ne s'est pas trouvé grand monde pour regretter cette démission annoncée, même parmi ceux qui ont voté Blatter.

"Je suis un peu étonné mais finalement ça n'est pas plus mal", a déclaré le président de la Fédération française, Noël Le Graët, qui avait pourtant apporté sa voix au Suisse, contrairement aux consignes de son compatriote Michel Platini, président de l'UEFA et meneur de la fronde anti-Blatter au plus fort du scandale.

Ce dernier a diplomatiquement salué "une décision difficile, courageuse et la bonne décision".

"C'est un bon jour pour la Fifa", a asséné un autre ex-Ballon d'Or, Luis Figo, un temps candidat à la présidence de la Fifa.

La presse européenne a été encore plus impitoyable: "On l'a eu" (The Sun), "Blatter dégage!" (Bild), "Coulé" (Gazzetta dello Sport), "La chute de l'empire" (L'Equipe).

Des sponsors mais pas des soutiens

Le football est devenu un business mondial, et l'argent est ce qui le fait avancer. Les sponsors de la Fifa ont été horrifiés par l'image catastrophique donnée par le scandale planétaire de la semaine dernière et, même après la réélection de Blatter, ont unanimement appelé à un changement des pratiques au sein de l'instance.

Nombre d'entre eux, et pas des moindres -Coca-Cola, Adidas, Visa et McDonald's- ont donc jugé que sa démission était "un pas dans la bonne direction".

Le début des doutes

Selon des proches, le fait d'avoir été poussé à un deuxième tour par le Prince Ali avant que celui-ci ne se retire, vendredi lors de sa réélection, a installé le doute chez Blatter, pourtant présenté comme "une bête politique que rien ne peut perturber".

Ces doutes ont peut-être fissuré un peu plus ses certitudes au terme d'une semaine cataclysmique. Jeudi, avant l'élection, Platini expliquait pourtant que Blatter avait refusé de démissionner comme il le lui demandait. Et le Suisse n'avait pas cillé non plus lorsque des voix politiques, comme celle du Premier ministre britannique David Cameron, s'étaient élevées pour réclamer son départ.

Au lendemain de sa réélection, le président de la Fifa s'était dit "affecté par les attaques" nées du scandale. "La tempête dure encore, avait-il reconnu, elle n'a pas la valeur d'un ouragan" mais "les effets sont encore là". Cette tempête a fini par le jeter à terre.

ebe-pr/pga/jcp