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03/06/2015 07:10 EDT | Actualisé 03/06/2016 01:12 EDT

Fifa/Corruption - Platini, meneur né, a les clés du jeu

Il a les clés de la future élection présidentielle à la Fifa: Michel Platini, derrière ses bons mots et sa décontraction, est un meneur né, patron partout où il est passé, sur le terrain puis à la tête de l'UEFA. Et il est aujourd'hui vu par beaucoup comme le sauveur potentiel de l'institution suprême du foot en plein chaos.

. Il dicte le tempo

Comme du temps de sa splendeur, quand il jouait à la Juventus (1982-87), Platini dicte le tempo. Alors que beaucoup dans le monde en font le meilleur candidat et le pressent de se présenter à la tête d'une Fifa rongée par les affaires de corruption, ce stratège impose son agenda pour mieux lire les lignes qui bougent. Le Français, qui aura 60 ans le 21 juin, a reporté mercredi à une date ultérieure la réunion prévue samedi à Berlin pour définir les relations futures entre l'UEFA et la Fifa.

La réunion du comité exécutif de l'UEFA à Prague, les 29 et 30 juin, semble être le cadre idéal pour cela. L'ex-triple Ballon d'Or sera auparavant le 10 juin à Paris pour lancer l'Euro-2016 qui débute un an plus tard en France, mais évoquer les affaires de la Fifa à ce moment là parasiterait les festivités autour du futur championnat d'Europe des nations.

. "Chambreur" mais pas dilettante

Cette compétition, le natif de Joeuf (Meurthe-et-Moselle) l'avait d'ailleurs gagnée à la tête des Bleus en 1984, en France, avec à la clé un record de buts (9) toujours inégalé dans ce tournoi. "Et moi je ne jouais pas attaquant, j'étais milieu de terrain !", plaisante-t-il toujours.

Ce côté amateur de boutades, volontiers "chambreur", a souvent amené ses adversaires à sous-estimer l'ancien meneur de jeu, à leurs dépens. Comme quand il s'est présenté à la présidentielle de l'UEFA en 2007.

Ses détracteurs, qui appuyaient son adversaire, le président sortant Lennart Johansson, le qualifiaient alors de dangereux "révolutionnaire", d'ex-grand joueur insouciant.

A peine élu à la tête de l'UEFA le 26 janvier 2007 à Düsseldorf, le président de la fédération allemande de l'époque Theo Zwanziger le taxe encore de "romantique social", porté seulement par des "pays de moins de 100 habitants".

Autant dire qu'il n'était pas forcément le bienvenu à l'UEFA. Mais l'ancien pensionnaire de Nancy et Saint-Etienne a pris tous ses opposants à contre-pied, en s'installant près du siège de l'instance à Nyon (Suisse) alors que Johansson n'était plus vraiment présent, et en s'investissant dans tous les dossiers.

. Rassembleur

S'il a ouvert les fenêtres d'une institution qui vivait un peu repliée sur elle même, l'ancien co-président du comité d'organisation du Mondial-1998 a aussi fait disparaître du paysage le G14, ce club des puissants du football aux menaces de ligue fermée.

Le fair-play financier, dont les germes étaient dans son programme en 2007, est devenue une réalité: un club engagé dans les compétitions européennes ne peut dépenser plus qu'il ne gagne. Ce qui a brisé la spirale inflationniste: les pertes financières des clubs européens, qui s'élevaient à 1,7 milliard d'euros par an, avoisinent les 400-500 millions aujourd'hui.

Fin négociateur, rassembleur, décideur, épanoui à la tête d'une équipe de confiance, il fait désormais l'unanimité depuis longtemps au sein de l'UEFA. En 2011, à Paris, puis à Vienne le 24 mars cette année, seul candidat à sa succession, il a été réélu par acclamation.

. Coup franc et coups bas

Le maître du coup franc sur les terrains a appris aussi à encaisser les coups bas des coulisses internationales du foot. Lui qui a voté en décembre 2010 pour le Mondial au Qatar en 2022 -- et l'a révélé tout de suite afin de montrer que sa vision ne se limitait pas à l'Europe -- a vu ses ennemis tenter de le mêler à tous les scandales possibles, sans que ces attaques ne débouchent jamais sur du concret.

Le génie du jeu, à l'égal d'un Johan Cruyff dont il était fan, était attendu par les supporteurs du monde entier pour ses éclairs sur les pelouses. Le maître du jeu dans les instances, celui qui a demandé les yeux dans les yeux jeudi dernier à Joseph Blatter de démissionner, est désormais tout aussi attendu pour se positionner vis à vis de la future présidentielle à la Fifa.

pgr/stt/jcp