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03/06/2015 10:04 EDT | Actualisé 03/06/2016 01:12 EDT

Burundi: l'opposition fait un geste d'ouverture et se dit prête à discuter avec le pouvoir

En attendant un éventuel report des élections, l'opposition burundaise a ouvert la porte mercredi à une reprise du dialogue avec le pouvoir, y compris sur le troisième mandat du président Pierre Nkurunziza, noeud de la crise qui secoue actuellement le pays.

Dix-sept partis et organisations politiques ont rendu public une déclaration commune dans laquelle ils "affirment de nouveau leur engagement à poursuivre le dialogue entre les parties prenantes au processus électoral en vue de l'organisation d'élections (...) crédibles".

Cette déclaration est une réaction officielle au sommet des chefs d'État de la région qui s'est tenu dimanche en Tanzanie et a demandé le report au moins jusqu'à la mi-juillet des élections générales.

Des législatives et des communales sont censées se tenir vendredi, et une présidentielle le 26 juin. Leur tenue paraît néanmoins peu probable, alors que Bujumbura connait depuis un mois des manifestations quasi-quotidiennes pour contester la candidature du président Pierre Nkurunziza, au pouvoir depuis 2005, à un troisième mandat.

De nombreux affrontements ont eu lieu avec la police qui fait un large usage de ses armes à feu. Plus d'une trentaine de personnes ont été tuées, et, dans ce contexte de très vives tensions politiques, la sécurité s'est fortement dégradée.

- 'Pas de question tabou' -

"L'opposition burundaise a pris acte des décisions du sommet" de Dar es Salaam, a déclaré à l'AFP l'un des signataires de la déclaration, Charles Nditije, pour le parti Uprona.

"Pour nous la question du 3e mandat de Nkurunziza reste non négociable, mais comme les chefs d'État de la région ont formalisé un cadre de dialogue, nous sommes prêts à discuter de cette question autour d'une table", a-t-il expliqué, ajoutant: "il n'y a pas de question tabou".

Cette déclaration marque une inflexion de la position de ces partis politiques, qui exigeaient jusqu'à présent comme préalable à toute discussion le retrait de la candidature de M. Nkurunziza.

Les 17 organisations politiques signataires ont réaffirmé néanmoins "avec force que la question du 3e mandat (...) constitue la cause numéro un de la crise politique actuelle dans toutes ses dimensions".

Sous l'égide de l'ONU, un discret "dialogue" politique qui inclut des représentants de la société civile, de partis politiques, d'organisations religieuses et du gouvernement, s'est tenu du 5 au 28 mai à Bujumbura. Laborieuses, ces discussions ont été suspendues à plusieurs reprises. Elles buttent en particulier sur l'arrêt des manifestations et le retrait de la candidature de Nkurunziza.

"Bien sûr que nous continuons à appeler à la poursuite des manifestations" pacifiques, a souligné M. Nditije, rappelant que "la violence est venue du pouvoir et de sa police".

"Si nous revenons à la table des négociations, il y a des conditions qui doivent être remplies, qui doivent être discutées, notamment le retrait des mandats d'arrêts contre les leaders de la société civile et de l'opposition, et la réouverture des médias privés", selon le chef de l'Uprona.

"Le dialogue est la seule option pour éviter le pire au Burundi, mais pour cela il faudrait qu'il y ait un véritable report des élections", a commenté un diplomate à Bujumbura.

Trois jours après le sommet de Dar es Salaam, et ses exigences d'un report des élections, la présidence garde le silence sur le sujet, après avoir reçu les propositions techniques de la Commission électorale nationale (Céni).

Dans les rues, sans doute pour la première fois depuis le début du mouvement, la police est quasiment parvenue à empêcher tout rassemblement au coeur des quartiers contestataires.

Les policiers sont intervenus systématiquement, à coups de gaz lacrymogène et de tirs de sommation, pour prévenir tout rassemblement suspect, pourchassant les manifestants jusque dans les moindres ruelles, alors que les grandes avenues sont désormais fermement sous le contrôle des forces de l'ordre et que les barricades y ont été dégagées.

Dans la nuit, un militant des FNL (opposition) a été tuée par une grenade jetée dans sa maison pendant la nuit, dans le quartier de Buterere, selon des habitants, qui ont accusé les Imbonerakure (ligue de jeunesse du parti au pouvoir) d'avoir commis l'attaque.

A noter une sensible augmentation des manifestations en province, en périphérie de Bujumbura et dans le sud. Un importante manifestation a eu lieu dans la province de Ngozi (nord), à Ruhororo, sur un site où vivent des milliers de déplacés de la guerre civile. La province de Ngozi est pourtant un bastion du parti présidentiel.

esd-aud-hba/de