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02/06/2015 07:06 EDT | Actualisé 02/06/2016 01:12 EDT

Pensionnats autochtones : un génocide culturel, dit la Commission de vérité et réconciliation

Les pensionnats autochtones étaient un outil central d'un génocide culturel à l'égard des premiers peuples du Canada, et seul un réengagement important de l'État pour leur permettre un accès à l'égalité des chances peut paver la voie vers une véritable réconciliation, conclut la Commission de vérité et réconciliation du Canada.

Au terme de 6 ans de travail pendant lesquels environ 7000 victimes et responsables de pensionnats autochtones ont livré leur témoignage, la Commission a déposé mardi ses conclusions sur ce chapitre sombre de l'histoire du Canada. Entre la fin du 19e siècle et 1996, plus de 150 000 enfants autochtones ont été arrachés à leur famille et placés dans des pensionnats, pour la plupart sous l'égide de différentes communautés religieuses. Quelque 3200 enfants y sont morts - pour la plupart avant 1940 - des suites de diverses maladies, dont la tuberculose. Les conditions sanitaires y étaient telles que le taux de mortalité y était près de cinq fois plus élevée qu'au sein du reste de la population.

De l'aveu même du gouvernement à l'époque, sous couvert d'éduquer ces jeunes, cette politique avait pour but premier de les assimiler et d'éradiquer leur culture.

« Les enfants indiens devraient être retirés le plus possible de l'influence de leurs parents, et la seule manière d'y arriver est de les placer dans des écoles industrielles où il vont acquérir les habitudes et pratiques des blancs », affirmant le premier ministre John A. Macdonald en 1883.

La commission estime que cette politique d'assimilation a eu des conséquences néfastes pour l'ensemble des peuples autochtones et a miné leur capacité de prospérer au sein de la société canadienne.

Abus physiques psychologiques et sexuels, malnutrition : la liste des torts subis par ces enfants a été minutieusement compilée et documentée au fil des milliers de pages du rapport final de la Commission qui contient plus de 2 millions de mots.

94 recommandations en vue d'une réconciliation

Cette vaste enquête et ce rapport se veulent cependant une première étape vers la réconciliation entre les peuples autochtones du pays et le reste de la société. Et le chemin sera difficile.

Le premier ministre Stephen Harper avait présenté des excuses officielles au nom du Canada en 2008, mais de l'avis de la Commission, il faudra bien davantage car les torts causés n'ont toujours pas été réparés.

« Certains des dommages causés par les pensionnats aux familles autochtones, à leur langue, leur éducation, leur santé pourraient bien être perpétuées, voire empirée à cause des politiques gouvernementales actuelles », conclut la Commission, dans son rapport.

Elle offre donc une vaste série de 94 recommandations afin de rebâtir la relation entre les peuples autochtones et le reste de la société canadienne. L'espoir est de se donner les moyens d'ériger une relation respectueuse qui permettra de mettre fin au racisme et à l'exclusion dont ces hommes et ces femmes font toujours l'objet.

D'emblée, la Commission recommande au gouvernement d'adopter formellement la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones et d'en faire la base de ses nouvelles politiques, plutôt que d'y voir simplement des objectifs ambitieux.

La Commission recommande essentiellement de redéfinir, repenser et mieux financer tous les systèmes d'éducation et de santé des Premières Nations, et de prendre les moyens pour contrer la surreprésentation des Autochtones dans le système carcéral. À ce chapitre, elle suggère d'abolir l'article 53 du Code criminel qui légalise les châtiments corporels par des adultes en position d'autorité, et de déroger aux peines minimales obligatoires.

Elle somme par ailleurs le gouvernement d'adopter des lois sur l'éducation et les langues autochtones. Et afin d'éviter que les nouvelles générations soient à nouveau déracinées de leur milieu, elle propose une nouvelle approche face à la protection des enfants afin de privilégier les familles et mieux intégrer la communauté.

Cette nouvelle approche entre le gouvernement du Canada et les peuples autochtones, qui serait scellée après une proclamation royale de réconciliation, devrait répudier les concepts de supériorité qui ont animé les politique assimilationnistes à l'égard des autochtones, réaffirmer les traités ancestraux, et établir des bases juridiques et constitutionnelles pour assurer que « les peuples autochtones soient des partenaires à part entière au sein de la confédération ».

En conclusion, la Commission reconnaît que certaines de ses recommandations ne sont pas nouvelles, et font écho à celles qui avaient été formulées en 1996 par la Commission royale sur les peuples autochtones. Alors que le gouvernement fédéral avait grandement ignoré les recommandations à l'époque, la Commission vérité et réconciliation du Canada voit dans son rapport une « rare seconde chance de saisir une opportunité perdue à l'époque ».