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02/06/2015 18:23 EDT | Actualisé 02/06/2016 01:12 EDT

Lucien Bouchard salue un grand démocrate

Il a d'abord été son subordonné, lors de mandats de négociations pour le gouvernement du Québec dans les années 70 ; des années plus tard, il lui succédera comme premier ministre. Le parcours de Lucien Bouchard est intimement lié à celui de Jacques Parizeau, aux côtés de qui il a vécu la défaite référendaire de 1995.

Pour Lucien Bouchard, Jacques Parizeau était un homme d'honneur, et un grand démocrate. Ainsi, il estime que la citation sur l'argent et les votes ethniques le soir de la défaite du camp du oui au référendum de 1995 n'était pas représentative des convictions de l'homme politique.

« Son discours, le soir du scrutin, ce n'était pas lui ça. Ce n'est pas ce que M. Parizeau pensait, ce n'était pas sa sensibilité. C'était un démocrate. Il était profondément démocrate. Il avait une vision très ouverte pour l'avenir du Québec », précise Lucien Bouchard.

Il croit plutôt que ces propos étaient plutôt l'expression d'une certaine frustration, après avoir été si près de la victoire. « Ce soir-là, ça a été l'exutoire de toutes les frustrations qui viennent étreindre un homme fatigué, à bout de souffle, après tout un parcours, de dizaines et de dizaines d'années de sacrifices, d'efforts et de critiques », explique-t-il.

Lucien Bouchard souligne d'ailleurs qu'ils avaient cru la victoire acquise, quelques heures auparavant, et qu'il n'avait lui-même pas, à l'instar de son collègue, préparé de discours de défaite.

« Ça se brise devant lui, et là, il y a quelque chose qui éclate. C'est très humain ce qui est arrivé », expose-t-il.

Un bon moment?

Il y a une vingtaine d'années maintenant, lorsque Jacques Parizeau a décidé d'y aller de l'avant avec un référendum sur la souveraineté du Québec, Lucien Bouchard était de ceux qui n'étaient pas convaincus qu'il s'agissait du bon moment.

« Le fait est que Bernard Landry, moi, et plusieurs autres, on n'était pas certains que c'était le moment de lancer un référendum. On pensait qu'on pourrait perdre », raconte-t-il.

Mais avec du recul, il croit que les conditions étaient favorables. « Aujourd'hui, on le sait qu'il avait raison de foncer, parce qu'on a presque gagné. Mais presque, c'est perdre en réalité », constate-t-il.

« Dans le fond, les conditions les meilleures étaient déjà réunies, parce qu'on pouvait juste se déglinguer. Il y avait le Bloc québécois qui venait de remporter une victoire éclatante à l'élection générale de 1993, on quadrillait le Québec avec la représentation fédérale; le PQ venait de gagner une élection; on avait, comme on a rarement vu, réussi une coalition d'à peu près toutes les forces vives du côté souverainiste, et du côté de la gauche, et du côté du centre au Québec », souligne Lucien Bouchard.

« Alors c'était un moment, il l'a saisi, il a foncé, et puis après ça on a plongé dans la piscine tout le monde et on a fait ce qu'on a pu », ajoute-t-il.

Un homme chaleureux

Par ailleurs, Lucien Bouchard se souvient de Jacques Parizeau comme un homme complexe, qui était à la fois doté d'une grande prestance et d'un côté très chaleureux.

Par exemple, M. Bouchard se remémore que lors d'un défilé de la fête de la Saint-Jean-Baptiste, il peinait à marcher. À un moment, M. Parizeau lui avait dit qu'il se sentait très fatigué, et lui avait demandé s'il souhaitait s'arrêter pour prendre un rafraîchissement. « Il l'a fait pour moi, il était capable de délicatesse comme ça. C'était un homme extrêmement délicat, extrêmement sensible », raconte-t-il.

Finalement, Lucien Bouchard estime que M. Parizeau était beaucoup aimé des militants du Parti québécois. Il croit qu'il était un homme respecté et admiré par les citoyens du Québec.