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02/06/2015 05:48 EDT | Actualisé 02/06/2016 01:12 EDT

La survie dans les "zones grises" de l'est de l'Ukraine, abandonnées de tous

A Novolouganské, dans l'est de l'Ukraine, trois kilomètres seulement séparent les positions des forces ukrainiennes de celles des séparatistes prorusses. Au milieu, ce petit village de 4.000 habitants tente de survivre, abandonné de tous.

Au sud, c'est le territoire contrôlé par les autorités de la "République populaire" autoproclamée de Donetsk (DNR), au nord, les forces loyalistes ukrainiennes.

Pris entre deux feux, le village est devenu une "zone grise", un no man's land où toute autorité publique a disparu, ravitaillé au compte-gouttes et quasiment ignoré des services médicaux et sociaux.

"Avant, les ambulances venaient de Gorlivka", ville aujourd'hui sous contrôle de la DNR à 10 kilomètres de Novolouganské, explique Tetiana Karamanova, femme médecin de 61 ans, qui gère le centre local de premiers soins.

Mais avec la guerre dans l'est de l'Ukraine, qui a fait plus de 6.400 morts depuis avril 2014, la DNR a estimé "que nous sommes un territoire sous contrôle ukrainien" et depuis, les ambulances ne viennent plus dans le village, raconte-elle.

Désormais, ce sont des ambulanciers d'Artemivsk, ville sous contrôle ukrainien à environ 20 kilomètres de Novolouganské, qui prennent en charge le village. Mais, outre la distance, plus longue à parcourir, leur accès, comme celui de tous les autres véhicules, est grandement limité par les forces de Kiev, qui ne les laissent passer qu'en journée et seulement jusqu'à 18 heures, selon les habitants locaux.

A qui se plaindre ? Cela fait bien longtemps qu'il n'y a plus de policiers à Novolouganské et le maire est depuis des mois aux abonnés absents. Officiellement, il est en vacances, mais les habitants sont convaincus qu'il a tout simplement fui cette zone dangereuse, régulièrement bombardée.

- Ni retraite, ni ravitaillement -

Une vingtaine de villages de ce genre, devenus des "zones grises", sont répertoriés dans la région de Donetsk.

"Ces zones, où il n'existe plus d'autorité locale, existent bel et bien. C'est un dossier très difficile", reconnaît le gouverneur de la région, fidèle à Kiev, Olexandre Kikhtenko, ajoutant qu'il demandé au pouvoir central de nommer de nouveaux responsables locaux.

En attendant, les habitants vivent dans la peur d'être totalement coupés de l'Ukraine.

Selon Natalia Roudenko, secrétaire du conseil local de Novolouganské, qui tente désormais de gérer les affaires du village, à Dolomitné et Travnevé, deux autres localités de la zone grise, les habitants ne reçoivent plus leur retraite ukrainienne.

"C'est parce que les premières positions de la DNR se sont rapprochées de ces villages. Pourtant, officiellement, nous ne sommes pas considérés comme des territoires occupés, nous sommes sur la ligne de front", lance-t-elle.

A Novolouganské, cela fait déjà plus d'une semaine que les forces ukrainiennes ont bloqué l'accès aux produits de ravitaillement.

Un soldat surnommé "Borzy", en faction au poste de contrôle permettant l'accès au territoire sus contrôle ukrainien, en rejette la faute sur les habitants de Novolouganské.

"Le village est petit. Ils n'ont pas besoin de beaucoup de produits alimentaires. Or, les voitures transportent de quoi approvisionner cinq villages. Ils nourrissent les séparatistes !", affirme-t-il.

De petits bus en provenance de Gorlivka font effectivement l'aller-retour plusieurs fois par jour vers Novolouganské. Ils sont remplis d'habitants attirés par le prix des marchandises ukrainiennes, moins cher que dans leur ville sous contrôle de la DNR.

"Les gens achètent pour eux et non pour les combattants, il faut bien qu'ils mangent aussi. Mais maintenant, cela n'a plus aucun sens qu'ils viennent ici car les magasins sont vides", soupire Svitlana, 35 ans, vendeuse à l'épicerie du village.

- 'SOS. 10 mois sans électricité' -

A Staromikhaïlivka, une autre zone grise située en bordure de Donetsk, le fief des séparatistes, l'approvisionnement alimentaire via l'Ukraine est totalement coupé depuis plus de 10 mois.

Et depuis plus de dix mois, suite à des bombardements, le village est aussi privé d'électricité.

"Parfois, nous allons à Donetsk pour recharger notre téléphone et des lampes qui fonctionnent sur batteries", dit Tetiana Romanova, 29 ans, mère d'un nourrisson de 8 mois, qui raconte couper son bois elle-même et cuire ses aliments sur un feu de bois faute de mieux.

Tetiana affirme n'avoir reçu aucune aide du gouvernement ukrainien depuis décembre dernier. Et seulement 500 hryvnias (21 euros) de la part de la DNR.

A l'entrée du village, un écriteau vient rappeler le caractère dramatique de la situation. Il y est écrit: "SOS. 10 mois sans électricité! Vous nous avez oubliés? Nous ne sommes pas des êtres humains?"

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