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02/06/2015 05:04 EDT | Actualisé 02/06/2016 01:12 EDT

La biomasse : une solution aux maux économiques du N.-B?

Le petit village de Gussing, en Autriche, a décidé de miser sur la production d'énergie renouvelable à partir de résidus forestiers et agricoles pour relancer son économie. Le professeur d'économie à l'Université du Nouveau-Brunswick Yves Bourgeois en revient. Le N.-B. a des leçons à tirer de Gussing, selon lui.

« . Ils sont à 85 % autonomes en matière de chauffage et ils sont 200 % autonomes, explique-t-il. En d'autres mots, ils exportent autant qu'ils consomment, en matière d'électricité. C'est un revirement de la situation par rapport à 20 ans passés où on importait beaucoup l'énergie et on exportait la valeur ajoutée. »

Le cas de Gussing est particulièrement intéressant, selon Yves Bourgeois, parce que le village de 3000 âmes ressemble, à bien des égards, à un village typique des Maritimes, de par son climat, sa population et son économie, fondée en bonne partie sur l'exploitation des ressources naturelles. Elle était confrontée aux mêmes défis économiques comme l'exode de ses travailleurs qualifiés.

Mathieu Leblanc, président d'Acfor Énergie, revient lui aussi de Gussing. Il est entrepreneur forestier et se spécialise dans la production d'énergie à partir de résidus de bois, de la biomasse autrement dit. Il a remarqué que des entreprises comme la sienne ont déménagé à Gussing à cause de la stabilité de l'énergie. Il pense que le modèle autrichien est importable.

« Ça va dépendre, je pense, du vouloir des gens locaux », pense-t-il. [...] Au niveau technique est-ce que c'est possible? [...] Au niveau de la foresterie, on est vraiment mieux placés pour s'adapter à cette technologie. [...] Je prends ma communauté à coeur donc je veux essayer de créer une autosuffisance pour une stabilité dans l'énergie. »

Un marché à développer au N.-B.

Il n'y a pas de marché au Nouveau-Brunswick pour la biomasse, à l'heure actuelle . L'entreprise de Mathieu LeBlanc coupe du bois sur les terres de la Ville de Moncton, le transforme ensuite en copeaux qui sont envoyés à l'Île-du-Prince-Édouard, où ils servent à chauffer une douzaine d'édifices publics.

Au Nouveau-Brunswick, il n'est pas rare de voir des bateaux quitter la province avec des résidus de bois en direction de pays étrangers. Le ministre de l'Énergie, Donald Arseneault en est bien conscient. Il aimerait bien changer les choses, en commençant dans sa propre cour. « On doit montrer l'exemple en tant que gouvernement provincial. Tout nouvel édifice public devrait avoir une composante d'énergie renouvelable, que ce soit la biomasse ou d'autres types [d'énergie renouvelable]. »

Un premier pas modeste : le gouvernement a déposé un projet de loi pour encourager l'énergie renouvelable. 75 mégawatts seront disponibles à partir de la fin de l'été pour de petits projets d'énergie renouvelable.

Mathieu LeBlanc applaudit ce geste. « Ça, c'est quelque chose qu'on attendait depuis longtemps, ça semble très intéressant. J'attends de voir les détails de l'appel d'offres, quels vont être les prix, les ententes et dans quelle région on pourrait implanter un projet. »

Mais selon Yves Bourgeois, il faudra plus que des initiatives ponctuelles pour tirer le plein potentiel de la biomasse. Il appelle à une véritable stratégie à long terme pour obtenir les mêmes résultats que Gussing, qui a mis 20 ans à les obtenir. « Même si on décidait de brancher nos communautés, nos écoles, nos grands hôpitaux à l'énergie biomasse, c'est pas garanti qu'on va se tailler une place, en termes de fabricant de technologie, qui va favoriser ces investissements-là. »

C'est dans l'économie du savoir, en recherche et développement des technologies d'énergie renouvelable, que se trouve la manne économique selon Yves Bourgeois. Il compte étudier l'exemple d'autres villes, en France et en Californie, dans le cadre de ses recherches qui seront publiées dans 2 ans.

D'après un reportage de Nicolas Steinbach