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02/06/2015 08:07 EDT | Actualisé 02/06/2016 01:12 EDT

Fréres d'armes et adversaires se souviennent de Jacques Parizeau

Frères d'armes du début à la fin, Jacques Parizeau et Bernard Landry ont signé leur carte de membre du Parti québécois (PQ) le même jour de 1969, raconte M. Landry. « Nous nous sommes battus démocratiquement pour notre idéal, sans répit, depuis ce temps. »

Les deux hommes ont été économistes, professeurs d'université et premiers ministres. M. Landry soutient qu'ils partageaient la même vision de l'économie, soit la nécessité de l'intervention de l'État dans le système économique pour répartir la richesse.

« La passion de Parizeau - avec l'indépendance du Québec - c'était l'économie, le développement et la prospérité. Il a bien servi les deux », rappelle M. Landry.

M. Landry a rendu visite à M. Parizeau quelque 10 jours avant sa mort. « Il était très affligé physiquement, mais intellectuellement, c'était le même homme à qui je parlais il y a des décennies », se rappelle M. Landry. « Il était d'une lucidité totale et nous avons eu une conversation d'environ 15 minutes, mais passionnante. »

Cette dernière conversation entre les deux anciens premiers ministres a porté sur leur cause commune, la souveraineté.

Parizeau et la famille Johnson

M. Parizeau était déjà conseiller de l'État lorsqu'un autre ancien premier ministre, tout juste sorti de l'université à l'époque, était assermenté à titre d'avocat. Daniel Johnson fils, qui deviendra à son tour premier ministre près de 20 ans plus tard, se souvient de sa première rencontre avec l'économiste.

« Le monde est petit. Lorsque j'ai été assermenté à titre d'avocat en juin 1967, j'ai rejoint mon père qui était premier ministre, relate M. Johnson. C'était le dernier jour de la session. Il était attablé au restaurant du parlement avec un de ses ministres et avec Jacques Parizeau. Je les ai rejoints et c'est mon père qui m'a présenté Jacques Parizeau. »

C'est donc Daniel Jonhson père qui a présenté M. Parizeau à son fils et il l'a fait en le présentant « comme un de ses jeunes et brillants et compétents collaborateurs ».

Ironie du sort, M. Johnson se rappelle de cet instant tout en gardant à l'esprit que 14 ans plus tard il devait l'affronter à l'Assemblée nationale. « J'ai toujours été frappé par la profondeur et la droiture de ses convictions », ajoute-t-il. « Il appelait toujours un chat, un chat, en politique », rappelle M. Johnson. « C'était toujours intéressant de débattre avec lui. »

Premier ministre de père en fils, les Johnson - le père et les deux fils, Daniel et Pierre-Marc - ont été mêlés à l'histoire politique québécoise des dernières décennies qu'a également contribué à écrire M. Parizeau. « On a travaillé avec Jacques Parizeau, on a travaillé contre Jacques Parizeau et on a travaillé en même temps que Jacques Parizeau », relate avec humour Daniel Johnson.

Le doyen se souvient d'un « géant »

Aujourd'hui doyen de l'Assemblée nationale, François Gendron a mis le pied sur le navire péquiste lors de sa prise du pouvoir en 1976. Il a donc connu les débuts de l'aventure souverainistes à un moment où Jacques Parizeau était déjà un pilier de l'État québécois. « C'est un géant de l'économie québécoise, un géant de la politique québécoise, c'est un géant des finances publiques, c'est un géant de l'État québécois », récite M. Gendron.

Jeune ministre, M. Gendron se souvient avoir pu compter sur les leçons privées de M. Parizeau à des moments où il devait aller défendre des dossiers auprès du gouvernement canadien. M. Gendron se rappelle qu'il était nerveux et que M. Parizeau en avait profité pour le prendre sous son aile.

Le Québec a eu la chance de connaître une conjoncture particulière avec un duo formé des deux grands hommes qu'étaient Jacques Parizeau et René Lévesque. Malgré leurs styles complètement différents, les deux hommes ont propulsé le Québec vers la modernité, selon M. Gendron.

« L'humaniste un peu brouillon qu'était M. Lévesque était tellement large, humaniste avec de grandes connaissances », illustre M. Gendron. alors qu'avec « M. Parizeau, c'était toujours rapide, rigueur, arguments courts avec une capacité pédagogique de rendre simple ce qui était compliqué. M. Gendron souligne la disponibilité de l'homme d'État pour aider ses jeunes collègues à préparer leurs dossiers. »

« Je l'ai aimé. J'ai aimé travailler avec et il a tellement fait pour le Québec qu'il méritait quelques considérations comme celles-là », a conclu M. Gendron.