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02/06/2015 15:43 EDT | Actualisé 02/06/2016 01:12 EDT

Fifa: la semaine folle qui a mené à la chute de Blatter

De l'arrestation mercredi 27 mai à l'aube de sept dirigeants de la Fifa, dans leur hôtel de Zurich à la démission de Joseph Blatter mardi 2 juin en fin d'après-midi, il a fallu une semaine à peine pour faire chuter de son piédestal le tout puissant patron du football mondial.

Mercredi 27 mai:

Le monde du football s'apprête à se réunir à Zurich. La réélection de Sepp Blatter à la tête de la Fifa pour un cinquième mandat est programmée. Mais la police suisse vient perturber ce scénario idéal.

A la demande de la justice américaine, sept représentants de la Fifa sont arrêtés à six heures du matin à l'hôtel 5 étoiles Baur au Lac, soupçonnés d'avoir encaissé 150 millions de dollars depuis les années 90, grâce à leur position dans le football.

"C'est un jour triste pour le football" commente le prince Ali, seul candidat en lice contre le Suisse Blatter.

Le parquet suisse affole encore un peu plus la fourmilière en saisissant au siège de l'instance internationale des documents visant les attributions des Coupes du monde de football de 2018 et 2022 à la Russie et au Qatar.

A 11h00, la Fifa organise une conférence de presse en urgence, pour tenter d'éteindre l'incendie. Envoyé au front, Walter De Gregorio, directeur de la communication, assure que l'élection du nouveau président aura bien lieu deux jours plus tard et que Blatter et son bras droit, le secrétaire général Jérôme Valcke, ne sont pas impliqués.

"Vous n'allez pas me croire, mais c'est un bon jour pour la Fifa", ose-t-il déclarer.

Mais le tsunami a déjà atteint les côtes américaines, où le Département de la Justice annonce l'inculpation pour corruption de neuf élus de la Fifa et de cinq partenaires de l'instance mondiale du football.

Côté football, des voix dissonantes se font entendre, à l'image de Michel Platini, le président de l'UEFA, qui annonce une réunion extraordinaire des Européens dans l'après-midi.

Loin de là, les investigations se poursuivent à Miami, au siège de la Confédération d'Amérique du nord, centrale et Caraïbes (Concacaf), où les agents de la police fédérale américaine enlèvent des dizaines de cartons.

Ces premières inculpations "ne sont qu'un début", assure le procureur fédéral de Brooklyn Kelly Currie, alors qu'un enquêteur du fisc américain qualifie ce scandale de la Fifa de "Coupe du monde de la fraude".

Nous sommes alors en fin d'après-midi et à Varsovie, l'UEFA demande le report du congrès de la Fifa et de sa présidentielle, estimant "la corruption profondément enracinée dans la culture de la Fifa".

Ce n'est qu'à 20h00 que Blatter réagit pour la première fois, évoquant "un moment difficile pour le football, les supporteurs et la Fifa".

Jeudi 28 mai:

La pression est maximale sur Blatter. "Dégage", titre le Bild en Allemagne, "Fifa Nostra" écrit Libération à sa Une en France.

A Moscou, Vladimir Poutine accuse lui les Etats-Unis d'utiliser sa justice pour "empêcher la réélection" de Joseph Blatter. "Il s'agit d'une violation très grossière des règles de fonctionnement des organisations internationales", fustige le président russe.

François Hollande en France, David Cameron à Londres: d'autres chefs d'État plaident eux pour un report de la présidentielle à la Fifa.

Sur le terrain sportif, Platini révèle avoir demandé à Blatter de démissionner. Rien n'y fait, l'élection est maintenue au lendemain.

Vendredi 29 mai:

A 09h30, dans une atmosphère tendue, le congrès électif de la Fifa s'ouvre. Blatter "appelle à l'esprit d'équipe" et même une alerte à la bombe en début d'après-midi ne perturbe pas la journée, lors de laquelle l'instance annonce des bénéfices 2011-2014 de 338 millions de dollars et des réserves à hauteur de 1,5 milliard de dollars.

A 17h00 le vote commence. A la surprise générale, Joseph Blatter, qui brigue un cinquième mandat, ne récolte que 133 voix et est contraint à un deuxième tour par son challenger, le prince Ali, 73 voix.

Mais celui-ci, certain d'être battu, se retire, laissant la voie libre à Blatter, 79 ans, président depuis 1998, qui promet "de donner à (son) successeur une Fifa plus forte".

"Le football a perdu", regrette le Portugais Figo, un temps candidat contre Blatter.

Mais pour la Fifa, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes: "Les coupes du monde 2018 et 2022 auront bien lieu en Russie et au Qatar", assène Jérôme Valcke.

Samedi 30 mai:

A la radio télévision suisse RTS, Blatter reprend la main et dénonce la campagne de "haine" menée contre lui, en visant l'UEFA de Platini et les Etats-Unis. "Je pardonne à tout le monde, mais je n'oublie pas", lance-t-il, bravache.

A Moscou, le président russe Vladimir Poutine salue lui le "professionnalisme" du dirigeant.

Dimanche 31 mai:

L'Afrique du Sud reconnaît un versement de 10 millions de dollars avant son Mondial-2010, mais nie qu'ils aient servi de pots-de-vin, comme le soupçonne la justice américaine.

En Suisse, dans l'autre volet de la tourmente déclenchée le 27 mai, la justice continue ses interrogatoires, n'excluant pas d'entendre Blatter à l'avenir.

Lundi 1er juin:

La Fifa tente de reprendre la main en annonçant la suspension provisoire d'Enrique Sanz, le secrétaire général de la Concacaf (Confédération d'Amérique du nord, centrale et Caraïbes).

A Londres, le ministre des Sports menace lui la Fifa d'organiser un "Mondial alternatif" en cas d'"accord fort" entre des pays "alliés en Europe".

Mais le feu reprend lundi soir, à New York, avec de nouvelles accusations lancées par le prestigieux New York Times qui assure que Jérôme Valcke est l'auteur du transfert de 10 millions de dollars sur des comptes gérés par l'ancien vice-président de la Fifa, Jack Warner.

Mardi 2 juin:

Branle-bas de combat à la Fifa, qui reconnaît dans la matinée ce versement en trois tranches, mais exonère son secrétaire général de toute responsabilité.

Cette somme a été versée "dans le cadre du développement du football dans les Caraïbes", assure la Fifa, qui espère encore avoir éteint ce nouvel incendie.

A 16h30, les choses se précipitent pourtant avec l'annonce d'une conférence de presse extraordinaire. Il est à peine 19h00 quand Blatter prend la parole, pour rendre les armes: "La Fifa a besoin d'une profonde restructuration. Bien que les membres de la Fifa m'aient conféré ce mandat (de président), ce mandat n'a pas le soutien de l'intégralité du monde du football" (...) "C'est pourquoi je remettrai mon mandat à disposition lors d'un Congrès électif extraordinaire", qui se tiendra entre décembre 2015 et mars 2016.

Arrivé à la Fifa en 1975, le Valaisan vient de fermer la porte sur 40 ans de responsabilité dans le football mondial, dont 17 ans en tant que président.

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