NOUVELLES
02/06/2015 15:25 EDT | Actualisé 02/06/2016 01:12 EDT

Des funérailles d'État et un édifice pour honorer la mémoire de Jacques Parizeau

QUÉBEC - Le siège social montréalais de la Caisse de dépôt et placement portera le nom d'édifice Jacques-Parizeau, a annoncé mardi le premier ministre Philippe Couillard.Le chef du gouvernement libéral a expliqué qu'il avait choisi de poser ce geste pour «prolonger la mémoire» de M. Parizeau «de façon durable».En hommage à M. Parizeau, décédé lundi soir à l'âge de 84 ans, l'Assemblée nationale a annulé tous les travaux inscrits à l'agenda de mardi. Les leaders politiques ont mis la partisanerie de côté pour honorer la mémoire du disparu.«Un des personnages importants de notre histoire nous a quittés, a déclaré le premier ministre. On peut désormais dire à son sujet que sa mémoire appartient au Québec tout entier, à toutes les Québécoises et à tous les Québécois sans exception et cela, au-delà des appartenances politiques.»Comme ex-premier ministre, M. Parizeau aura droit à des funérailles d'État. Les détails de la cérémonie seront communiqués ultérieurement.M. Couillard a décrit l'ancien premier ministre souverainiste comme un «des grands bâtisseurs» du Québec moderne, un homme qui a «bien mérité de la nation».«Tous les Québécois sont aujourd'hui en deuil, privés d'un homme d'État exceptionnel, un homme qui a consacré sa vie au Québec et au service public, un des grands bâtisseurs du Québec moderne, notamment de la prise en main par les Québécois des outils financiers et économiques nécessaires à notre développement, a-t-il dit. Je pense entre autres à la Caisse de dépôt et placement du Québec devenue si importante, si utile à notre progrès.»Pour le premier ministre libéral, le plus important legs de l'ex-chef péquiste pour la nation québécoise est davantage de nature économique que politique. En contribuant à la mise sur pied de la Caisse de dépôt, M. Parizeau a donné aux francophones la confiance qui leur manquait sur le plan financier, a soulevé M. Couillard.«Il y a son message politique qui lui appartient, mais son legs principal est un legs économique de confiance pour nous, les francophones, qu'il était possible, dans ces années, avec ses compagnons de l'époque, de prendre en main les outils de notre développement. (...) Il a été de ces grands bâtisseurs de la Révolution tranquille auxquels on doit tant», a noté le premier ministre.François LegaultDe son côté, le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, a dit perdre «un mentor, un guide, un sage» avec la disparition de M. Parizeau.«Il a été un homme d'État au parcours exceptionnel, a souligné le chef caquiste, visiblement ému. Aux côtés des Jean Lesage et des René Levesque, il a fait partie des grands bâtisseurs du Québec, c'était un géant.»Jacques Parizeau «voyait grand pour le Québec», a ajouté M. Legault, un ancien ministre péquiste qui a tourné le dos au mouvement souverainiste il y a quelques années.«Là-dessus, on a un différend sur le timing, a-t-il expliqué au sujet de son désaccord avec M. Parizeau. Est-ce que, la souveraineté, c'est un moyen? C'est une fin? Moi, je pense que c'est un moyen, mais ce qui est important, c'est de viser un Québec fort, puis là-dessus, on s'entendait.»Le chef de la CAQ a confié avoir beaucoup appris de M. Parizeau, au premier chef le sens du service public.«Étudiant, j'ai été fasciné par sa façon de voir l'économie. Il a élargi mes horizons. J'ai appris grâce à lui que le développement économique pouvait être mis au service de nos concitoyens. Il a été, pour moi, une inspiration, une des raisons pourquoi je me suis lancé en politique», a-t-il dit.Issu d'une famille aisée, ayant fréquenté les grands institutions d'enseignement d'Europe, M. Parizeau aurait pu choisir l'exil mais il a préféré se mettre au service des siens, a rappelé M. Legault.«S'il avait voulu, il aurait pu faire carrière n'importe où dans le monde, mais il a décidé de rester ici, près des siens, et laissez-moi insister sur ce point qui me paraît important: les Québécois doivent savoir qu'il y a des gens ici, peu importe leur allégeance politique, qui se sont sacrifiés pour eux et pour leur avenir», a-t-il affirmé.M. Parizeau a participé non seulement à la création de la Caisse de dépôt et à celle de la Société générale de financement (SGF), mais aussi à celle du Régime d'épargne-actions du Québec, sans lequel Air Transat n'aurait peut-être jamais pu prendre son envol, a relaté l'ex-patron du transporteur.Françoise DavidQuant à elle, la coporte-parole de Québec solidaire, Françoise David, s'est souvenue de M. Parizeau comme d'un allié de la cause féministe, marchant à ses côtés à la marche «Du pain et des roses» il y a 20 ans.«Au terme de la marche, M. Parizeau, premier ministre du Québec, a eu le courage et l'audace de se présenter devant toutes ces femmes et ces hommes, qui attendaient des résultats à leurs revendications, et il a présenté lui-même les réponses. Je n'ai jamais vu, depuis, un premier ministre du Québec avoir cette audace», a-t-elle raconté. Selon Mme David, l'ex-premier ministre péquiste avait bien compris «l'importance d'appuyer les revendications des femmes».«Il croyait sincèrement que des choses devaient changer. Il s'était engagé à l'époque à rendre automatique la perception des pensions alimentaires. Il s'était engagé aussi depuis à déposer une loi sur l'équité salariale. Tout cela a été fait et les Québécoises ont donc connu un pas en avant important vers l'égalité», a fait valoir la députée de Gouin.