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02/06/2015 13:08 EDT | Actualisé 02/06/2016 01:12 EDT

Des excuses vaines si elles ne sont suivies d'actions, dit le chef des Premières Nations

À la suite de la publication des conclusions de la Commission de vérité et réconciliation du Canada, le chef de l'Assemblée des Premières Nations, Perry Belgrade, croit qu'il est maintenant le temps de « passer à l'action » et d'aller au-delà des promesses.

« L'heure de la réconciliation est venue », a-t-il déclaré mardi matin en réaction au rapport de la commission.

Perry Belgrade a estimé que les excuses présentées en 2008 par le gouvernement Harper aux anciens élèves des pensionnats ont constitué un temps fort pour le pays. « Mais ces excuses appellent à l'action, pour ne pas devenir creuses et sans signification. Ensemble, nous pouvons et nous devons agir en vue d'un avenir meilleur pour nous toutes et nous tous », a-t-il ajouté.

Cette déclaration va dans le même sens que le rapport de la commission, déposé mardi matin à Ottawa, qui stipule que les excuses historiques du premier ministre canadien Stephen Harper, il y a 7 ans, n'ont pas eu d'effets concrets auprès des communautés touchées.

Une expérience difficile, mais inspirante

Murray Sinclair, premier juge autochtone au Canada et président de la commission, a été accueilli par une longue ovation lors de sa présentation du rapport.

« L'épisode des pensionnats autochtones est clairement l'un des chapitres les plus sombres et les plus troublants de notre histoire collective », a relaté M. Sinclair, qui a qualifié la commission « d'expérience difficile, douloureuse, mais inspirante ».

Selon lui, le Canada a sans contredit participé à un « génocide culturel » pendant plus d'un siècle.

Il estime qu'un engagement à l'échelle nationale est nécessaire afin de faire changer les politiques. « La réconciliation n'est pas un problème autochtone, c'est un problème canadien. Cela nous concerne tous », a-t-il affirmé.

Les Églises savent que des excuses sont insuffisantes

Mgr Fred Hiltz, primat de l'Église anglicane du Canada, a émis une déclaration commune avec des représentants des églises presbytérienne, unie et des églises catholiques.

Il a souligné que les violences sexuelles, physiques et émotionnelles subies par des enfants vulnérables dans des écoles administrées par des églises ont bien été documentées dans les travaux de la Commission de vérité et réconciliation.

« Nous savons et déclarons que nos excuses ne suffisent pas », a-t-il dit.

Nombreuses réactions sur la scène politique

Bernard Valcourt, ministre des Affaires autochtones et du développement du Nord canadien, a de son côté déclaré que « se réconcilier ne veut pas dire pardonner et oublier, mais se souvenir et changer ».

Le ministre Valcourt a estimé que cette réconciliation ne serait pas facile, mais que son gouvernement était déterminé à travailler pour améliorer les relations entre Autochtones et non-Autochtones au pays.

Le chef de l'opposition officielle à Ottawa, Thomas Mulcair, s'est dit déterminé à ne « pas laisser le rapport de la Commission ramasser la poussière ». « Nous consulterons les peuples autochtones afin de déterminer quelles recommandations devraient être mises en œuvre de façon prioritaire », a-t-il déclaré.

Même son de cloche chez les libéraux, qui demandent la mise en œuvre intégrale des recommandations de la commission. « La réconciliation ne prendra tout son sens que si nous respectons nos anciennes promesses et veillons à l'égalité des chances comme condition préalable à un avenir commun équitable et prospère », a soutenu le chef du Parti libéral du Canada, Justin Trudeau.