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02/06/2015 16:53 EDT | Actualisé 02/06/2016 01:12 EDT

Des économistes saluent l'habileté et le talent de pédagogue de Parizeau

MONTRÉAL - Chez les économistes du Québec, Jacques Parizeau est reconnu comme une sorte de monument à sa façon, un ministre des Finances qui savait comment manier habilement les leviers économiques.Au cours d'une entrevue, l'un des plus réputés d'entre eux, Pierre Fortin, professeur émérite d'économie à l'Université du Québec à Montréal, a carrément dépeint Jacques Parizeau comme «le père du Québec inc. à toutes fins pratiques».Il cite d'emblée le rôle déterminant qu'ont eu pour l'économie québécoise le Régime d'épargne-action et le Fonds de solidarité de la FTQ.«À l'époque où il a commencé, le Québec était propriétaire de la Raffinerie de sucre du Québec et de la sidérurgie Sidbec. Il s'est dit: 'ce n'est pas ça qui va convertir l'économie québécoise au plan industriel et lui permettre d'accéder à maturité; il faut favoriser l'émergence de nouveaux entrepreneurs locaux qui soient dynamiques et compétents dans le secteur privé'. Et c'est comme ça qu'il en est venu à jouer sur les moyens gouvernementaux d'encourager cette classe de gens d'affaires-là», résume M. Fortin.De grandes entreprises québécoises comme Cascades et CGI lui doivent une fière chandelle, signale-t-il. Cascades a d'ailleurs diffusé un communiqué pour saluer l'importance de M. Parizeau dans son développement.«Ce qu'il a fait, c'est décomplexer les Québécois par rapport au monde économique», résume M. Fortin, qui a lui-même formé des générations d'économistes québécois.Il voit en M. Parizeau «un grand économiste, un bâtisseur de l'État».«Il a modernisé l'économie en aidant les entrepreneurs québécois à se développer et, en même temps, c'est quelqu'un qui avait une vision assez équilibrée du capitalisme moderne, c'est-à-dire que d'un côté, il était très convaincu que la concurrence, avec le libre-échange au niveau international, était ce qui rendrait les entrepreneurs québécois dynamiques et leur ferait gagner des médailles d'or au niveau mondial et de l'autre, en même temps, il était conscient que le système capitaliste dans lequel on vit amène avec lui toutes sortes de dangers comme le chômage, la pauvreté, les inégalités. Et il a toujours appuyé les mesures qui aidaient à protéger les gens contre ces calamités-là», illustre M. Fortin.GodboutLuc Godbout, titulaire de la Chaire en finances publiques et fiscalité de l'Université de Sherbrooke, et auteur d'un récent rapport sur la fiscalité, retient aussi les qualités de pédagogue et d'enseignant de M. Parizeau.«C'est dur de départager l'homme politique de l'économiste et du professeur d'économie. Ce qui rattache tout ça, c'est sa capacité à bien vulgariser, sa capacité à bien expliquer les choses et sa force de persuasion. Lorsqu'on a la chance de discuter avec monsieur Parizeau d'un point bien précis, on ne peut pas parler si on ne connaît pas bien le sujet, parce qu'on va se le faire dire et on va s'en apercevoir rapidement», lance M. Godbout.Comme ministre des Finances, Jacques Parizeau a certes fait sa marque. «J'ai lu tous les budgets de monsieur Parizeau. J'ai relu tous les budgets du Québec, des années soixante à nos jours, dans le cadre d'un exercice sur la Révolution tranquille. Et ce qui était frappant dans les budgets de monsieur Parizeau, c'était premièrement qu'ils étaient beaucoup plus courts qu'aujourd'hui — aujourd'hui on a tendance à prendre de l'expansion — et, surtout, qu'ils avaient quelques idées maîtresses. Ce n'était pas éparpillé à travers plein de choses. Quand il a mis en place le RÉA (Régime d'épargne-actions), ça se comprenait de manière extrêmement précise et claire», illustre M. Godbout.Jacques Parizeau était-il révolutionnaire, pour son époque, dans sa façon d'exercer ses fonctions économiques? M. Godbout préfère utiliser l'expression «novateur».Jacques Parizeau a été «un grand ministre des Finances, dans le sens où il maîtrisait totalement l'exercice, donc l'importance de la clarté, de faire des projections de revenus, de dépenses. Il avait une compréhension extrêmement fine de tous les leviers sur lesquels il pouvait jouer», résume M. Godbout.BachandÉgalement en entrevue, l'ancien ministre libéral des Finances Raymond Bachand a relevé les qualités de pédagogue de M. Parizeau, qui a aussi été un des grands mandarins du gouvernement libéral de Jean Lesage.M. Parizeau est entré en scène, en matière économique, à une époque où les Québécois n'étaient pas très rompus aux questions économiques et financières. Et il a contribué à mettre sur pied la Caisse de dépôt et placement, entre autres outils de développement économique.«Dans les années 1960, lorsque les francophones étaient très peu dans les hautes fonctions dans les entreprises, avaient peu de contrôle et d'investissements dans les entreprises, c'est clair que la Caisse de dépôt a joué un rôle important. Tout ca et la pédagogie, ça a changé la mentalité des Québécois au niveau de l'entrepreneurship. Et aujourd'hui, en 2015, on se retrouve avec des Couche-Tard, des Bombardier, Metro, CGI, Vidéotron. La révolution économique et de l'entrepreneuriat du Québec est réussie. Il a été un joueur important dans cette chose-là», conclut M. Bachand.