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02/06/2015 11:15 EDT | Actualisé 02/06/2016 01:12 EDT

A Bujumbura, le quartier frondeur de Musaga entre lassitude et indifférence à l'approche des élections

Dans un petit lycée technique du quartier de Musaga, bastion des opposants au président Pierre Nkurunziza en périphérie de la capitale burundaise Bujumbura, une dizaine d'agents électoraux, mi-inquiets, mi-désoeuvrés, attendent de distribuer leurs cartes aux habitants pour les élections générales.

Mardi en fin de matinée, la faible activité du petit centre de distribution est à l'image du quartier, où les habitants n'ont pas vu l'ombre d'un meeting électoral ou d'une affiche ces dernières semaines.

Dans la cour du petit lycée, la distribution de plus de 34.000 cartes d'électeurs, commencée lundi, doit s'achever mercredi. A mi-parcours, quelques centaines de documents seulement sont partis: sur les tables installées à l'ombre d'un soleil de plomb, les cartons sont pleins.

Face à la crise politique qui secoue le pays depuis plus d'un mois, les législatives et communales, censées ouvrir dès vendredi les élections générales burundaises de 2015, seront sans doute reportées, probablement d'un mois ou un mois et demi, selon les demandes des pays de la région.

Tant que ce report ne sera pas officiel, le responsable de la Commission électorale pour la commune, Napoléon Nimbesha, part du principe que tout doit être prêt dans quelques jours et se veut optimiste, gardant "l'espoir que l'on arrivera à terminer de distribuer les cartes" à temps.

Mais en aparté, les agents qui accueillent les habitants sont sûrs du contraire. L'une d'entre eux dit n'avoir vu passer que cinq personnes depuis le début de la matinée.

- Affrontements localisés -

Face à la faible mobilisation, chacun y va de son explication.

Les habitants ont encore peur de s'aventurer dans les rues d'un quartier secoué depuis un mois par des affrontements quasi quotidiens entre policiers et opposants à un troisième mandat du président Nkurunziza - mardi matin encore, la police y a dispersé un petit groupe de manifestants à coups de gaz lacrymogène et tirs de sommation.

Certains sont sans doute aussi démotivés car leurs candidats n'ont pas pu faire campagne, d'autres ne sont tout simplement pas au courant de la distribution des documents électoraux.

"Les gens n'ont pas été sensibilisés, car les radios ne travaillent plus", glisse l'agent sous couvert d'anonymat. Depuis une tentative de coup d'Etat avortée mi-mai, les radios privées - celles que la population écoute, en général -, partiellement détruites, sont toujours empêchées d'émettre.

Derrière son carton de cartes, l'agent n'est elle-même pas très à l'aise: "On a entendu des coups de feu là-bas, on a peur qu'il y ait un dégât ici", confie-t-elle. "Les manifestants pourraient peut-être nous empêcher de travailler pour perturber les élections".

Hors de Bujumbura, des contestataires ont déjà opté pour le sabotage de matériel électoral. La commission électorale a dénoncé la destruction d'urnes, d'isoloirs ou de cartes de vote, notamment dans les provinces de Rumonge (sud), Bujumbura rural (voisine de Bujumbura) et Mwaro (centre).

Pour éviter tout incident, une poignée de policiers montait la garde devant le petit lycée technique de Musaga mardi matin.

Ici comme dans les autres quartiers contestataires de Bujumbura, les affrontements entre manifestants et forces de l'ordre sont désormais très localisés. Mais la présence policière est encore bien visible et l'activité très réduite dans des rues où, en temps normal, les voitures ont du mal à se frayer un chemin entre les piétons.

Assis devant une boutique, au bord de la rue principale de Musaga, Jean-Claude, un habitant, fait partie des désabusés: il n'est pas allé prendre sa carte car il ne savait pas "qu'on était en train de les distribuer". Il le sait maintenant mais "ça ne change rien": il n'est "pas sûr qu'on va voter ou non", et les conditions ne sont de toute façon "pas réunies pour des élections transparentes".

Anatole Mahoro, l'un des rares à être venu chercher sa carte, est plus combatif: "Si l'on veut vraiment donner une leçon à Nkurunziza, autant lui donner une leçon dans les urnes", lâche-t-il.

A ses côtés, un autre habitant, Alexis Bandyatuyaga, s'est surtout déplacé jusqu'au centre de distribution parce que d'ici à l'élection présidentielle, il espère encore que Pierre NKurunziza "se retirera".

"Je me prépare au cas où les choses se passeraient bien", avance-t-il, plein d'optimisme.

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