NOUVELLES
31/05/2015 06:06 EDT | Actualisé 31/05/2016 01:12 EDT

Syrie: l'ONU condamne les raids meurtriers et aveugles du régime

L'ONU a jugé "inacceptables" dimanche les nouveaux raids du régime syrien qui, en larguant des barils d'explosifs de manière aveugle, ont tué des dizaines de civils pendant le week-end dans le nord du pays.

Dans le centre du pays, le groupe ultra-radical Etat islamique (EI) a détruit la prison de Palmyre, un symbole de la répression du régime syrien, et progressait sur une grande autoroute menant vers la capitale Damas.

Des barils d'explosifs largués par l'armée de l'air sur des zones rebelles d'Alep, la métropole du nord de la Syrie, ont tué 71 civils, dont des enfants, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH). Ce bilan est l'un des plus lourds depuis le début de l'année dans cette région ravagée par la guerre.

"Le bombardement aérien par des hélicoptères syriens (...) à Alep mérite la plus forte condamnation internationale", a dénoncé le médiateur de l'ONU pour la Syrie, Staffan de Mistura.

- 'Vengeance contre les civils' -

"Il est totalement (...) inacceptable que les forces aériennes syriennes attaquent leur propre territoire sans discernement, tuant ses propres citoyens", a-t-il ajouté.

Les frappes ont visé un marché populaire à Al-Bab, ville sous contrôle de l'EI, et le quartier rebelle Al-Chaar dans l'est de la métropole d'Alep, selon l'OSDH qui a évoqué un "massacre".

Le régime a également frappé samedi Jabal al-Zawiya, région montagneuse de la province d'Idleb (nord-ouest), tuant au moins 20 civils, a précisé l'OSDH, qui s'appuie sur un réseau de sources en Syrie.

"Le régime a toujours lâché des barils d'explosifs dans cette guerre, mais là il intensifie ses frappes en croyant pouvoir compenser ses pertes sur le terrain", explique à l'AFP Rami Abdel Rahmane, le directeur de l'OSDH. "Il s'agit aussi d'une certaine vengeance contre les civils qui soutiennent la rébellion".

L'armée syrienne, qui bombardait toujours les quartiers rebelles d'Alep dimanche, a connu une série de revers ces dernières semaines en perdant la quasi-totalité de la province d'Idleb, face à une coalition d'Al-Qaïda et de rebelles.

Le régime a également abandonné la ville carrefour de Palmyre au profit de l'EI et perdu le principal poste-frontière avec la Jordanie dans le sud face aux rebelles.

D'après M. Abdel Rahmane, les barils d'explosifs n'ont plus le même effet sur les rebelles car ceux-là, "forts d'un nouveau soutien de leurs parrains (Arabie saoudite, Turquie, Qatar), arrivent à tenir plus longtemps".

Les ONG internationales dénoncent régulièrement le recours aux barils d'explosifs que le régime a commencé à larguer en 2013 à Alep.

- 'Punition collective' -

Début mai, Amnesty condamnait "une politique inhumaine de punition collective contre la population civile d'Alep", déplorant les "carnages et destructions massives provoqués (...) sur des écoles, des hôpitaux, des mosquées et des marchés bondés".

Ces barils contenant de puissants explosifs et de la ferraille ont déjà tué des centaines de personnes depuis le début de l'année dans la seule province d'Alep, dont le régime ne contrôle plus que quelques secteurs.

Le chef de la diplomatie britannique Philip Hammond a critiqué samedi "les méthodes horribles et sans discernement utilisées par le régime d'Assad pour tuer et blesser des civils innocents", appelant à "une transition politique pour un avenir dont Assad ne fera pas partie".

Les négociations sont dans l'impasse plus de quatre ans après le début du soulèvement pacifique qui s'est militarisé face à la répression jusqu'à devenir une guerre civile complexe, ayant fait plus de 220.000 morts.

Pour tenter de les relancer, le médiateur de l'ONU a entamé le 5 mai à Genève une série de discussions à huis clos et séparés avec les protagonistes du conflit et des acteurs internationaux, dont l'Iran, allié clé de Damas.

A Palmyre, l'EI a fait exploser la prison de Tadmor située en plein désert et dont le seul nom terrorisait les Syriens, selon l'OSDH et des militants.

Les détenus avaient été évacués vers d'autres prisons peu avant la prise de Palmyre le 21 mai par les jihadistes, qui ont diffusé sur internet plusieurs photos de la destruction présumée.

Dans cette même région, les jihadistes ont progressé en prenant notamment la localité de Bassiré qui se situe à un important carrefour menant à Damas vers le sud et à Homs, troisième ville du pays, plus à l'ouest.

Dans la province irakienne d'Al-Anbar, frontalière de la Syrie, les forces fédérales, aidées dans leur contre-offensive par des milices chiites, ont repris samedi un secteur à l'ouest de Ramadi, sa capitale conquise le 17 mai par l'EI.

ram-rd-cnp/jri