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31/05/2015 09:37 EDT | Actualisé 31/05/2016 01:12 EDT

Roumanie: miné par la corruption, le foot commence à faire le ménage

Faillites, évasion fiscale, matches truqués: jamais le football roumain n'est tombé aussi bas. Sous l'impulsion de la justice, les instances commencent à faire le ménage dans ce sport miné depuis de nombreuses années par la corruption.

Sept des 18 clubs de première division sont insolvables, une dizaine de patrons en prison ou sous le coup d'enquêtes pour évasion fiscale ou autres fraudes. A l'heure de faire le bilan d'une saison achevée samedi, les médias roumains dénoncent une "ligue des délinquants et des clubs en faillite".

Parmi les clubs en cessation de paiement et privés de compétitions européennes la saison prochaine, l'Astra Giurgiu (3e), le CFR Cluj (4e), le Petrolul Ploiesti (6e) et le Dinamo Bucarest (7e).

La débâcle financière des clubs a fini par décider la Ligue professionnelle de football (LPF) à réduire de 18 à 14 le nombre d'équipes dans l'élite dès la saison prochaine.

"L'insolvabilité comporte aussi un bon côté (...), elle oblige les responsables des clubs à calculer les budgets selon leurs possibilités, sans promettre aux joueurs des salaires exorbitants qu'ils ne pourront pas payer ensuite", a récemment estimé son président Gino Iorgulescu.

- 'Fin de l'impunité' -

"Jusqu'à récemment, le football était exempté du paiement de taxes, de toute responsabilité devant la justice", explique à l'AFP le rédacteur en chef du quotidien roumain Gazeta Sporturilor (GSP), Catalin Tolontan.

"Tout cela est en train de changer", observe-t-il, évoquant le tournant marqué par les condamnations prononcées l'année dernière dans le retentissant procès des transferts illégaux de joueurs roumains vers des clubs étrangers entre 1999 et 2005, qui a "mis fin à l'impunité de l'élite" du football roumain.

L'affaire, initiée par le journal en 2006, a abouti à des peines de trois à six ans de prison ferme à l'encontre de poids lourds tels l'ancien international et capitaine du FC Barcelone Gheorghe Popescu, et des responsables de grands clubs.

Neuf patrons de clubs ont par ailleurs été incarcérés ces dernières années. En tête de liste, le controversé homme fort du mythique Steaua Bucarest "Gigi" Becali, condamné en 2013 à trois ans et demi de prison pour corruption, en liberté conditionnelle depuis avril.

Et l'homme le plus riche de Roumanie, Ioan Niculae, à la tête de l'Astra Giurgiu, condamné lui en avril à deux ans et demi de prison ferme pour financement illégal de la campagne présidentielle de 2009.

- 'Planter de nouveaux arbres' -

Mais beaucoup reste à faire si les clubs roumains veulent renouer avec leur succès d'antan, quand en 1986 le Steaua remportait la Coupe d'Europe des clubs champions contre Barcelone, et que son éternel rival bucarestois, le Dinamo, comptait parmi les meilleures équipes du continent.

Ces premières condamnations, "c'est comme si le vent avait arraché des arbres pourris ou des branches sèches. C'est très bien, mais après il faudrait qu'un jardinier plante de nouveaux arbres, or ce n'est pas le boulot du parquet anti-corruption", souligne M. Tolontan.

La Fédération roumaine (FRF) semble avoir entendu le message et vient de lancer une campagne baptisée "Football propre".

"Nous garantissons la confidentialité de tous les joueurs qui fourniront des informations sur des matches truqués", a assuré la semaine dernière un de ses responsables, Costin Negraru.

Le porte-parole de cette campagne sera l'ex-footballeur Marius Postolache, qui avait reconnu en 2012 avoir été impliqué dans des matches truqués. Cet aveu, une première en Roumanie, avait alors seulement conduit à sa mise au placard.

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