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31/05/2015 11:07 EDT | Actualisé 31/05/2016 01:12 EDT

Les souvenirs restent vifs pour les résidants un après la fusillade à Moncton

MONCTON, N.-B. - Lorsque Nadege Bujold jette un oeil par la fenêtre avant sur la rue résidentielle tranquille, elle est encore parfois hantée par les images d'un agent de la GRC atteint mortellement par balle et tombant au sol.Mme Bujold et son mari se trouvaient sur la terrasse arrière de leur maison, profitant d'une soirée chaude de juin lorsque des coups de feu ont retenti. Le couple en a d'abord fait peu de cas, croyant à un problème de voiture ou à des pétards lancés par des enfants.Mais en entendant l'agitation de voisins, et quelqu'un criant qu'une personne avait ouvert le feu sur la police, la femme de 37 ans s'est précipitée à l'intérieur et a regardé par la fenêtre avant. Elle a rapidement vu un homme seul marchant calmement dans la rue, ressemblant à «Rambo» et s'approchant de leur maison avec une carabine.Au terme d'un échange de coups de feu de 70 secondes, Mme Bujold a regardé, horrifiée, le gendarme Douglas Larche tomber au sol. Justin Bourque n'a pas ralenti son élan en poursuivant sa marche sur l'avenue Mailhot jusque dans la forêt.Il était 20 h 07, le 4 juin, l'an dernier, et M. Larche était le troisième et dernier agent de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) tué par Bourque dans une fusillade de 20 minutes à Moncton, au Nouveau-Brunswick.Pour Mme Bujold, le drame a semblé se dérouler au ralenti, et les images reviennent occasionnellement avec une précision étonnante.«Le souvenir reste, vous savez. On peut le voir pointant son arme et tirant. (...) J'ai eu beaucoup de mal les premières semaines», a-t-elle relaté.Un an plus tard, des résidants dans le secteur disent penser moins souvent au carnage — le sang dans les rues, les gens blessés, les morts et les voitures criblées de balles.Mais pour certains, ces moments refont surface dans des souvenirs cauchemardesques et surréels.Millie Stewart se précipitait à l'extérieur pour se rendre voir son mari à l'hôpital alors que sa soeur l'attendait dans l'entrée de garage. Elle a tourné la tête légèrement et son regard a croisé celui de Bourque, aujourd'hui âgé de 25 ans, alors qu'il traversait la rue vers sa maison.«Il semblait si près, s'est-elle remémorée. Il portait son uniforme militaire vert et son fusil sur son épaule, et il m'a regardé droit dans les yeux et a dit: 'Non, je ne suis pas ici pour tuer des civils, seulement des responsables du gouvernement'.»Tout de même, elle se souvient avoir cru qu'il lui tirerait dans le dos alors qu'elle tentait de s'échapper.Mme Stewart a dit croire que depuis ce jour, les gens à Moncton ont pris conscience que ce genre de drame «peut survenir n'importe où».Cette soirée fatidique a commencé peu après 19h, lorsque Bourque a quitté sa roulotte sur l'avenue Pioneer avec deux couteaux, des munitions, et deux armes à feu, dont une carabine M-305 à son dos.Il a traversé la banlieue aisée de Pinehurst et tiré à deux reprises, vers 19 h 46, sur le gendarme Fabrice Gevaudan derrière deux grandes maisons avant d'entrer dans la forêt pour fuir.Le pompier Mike Fougere a été appelé à intervenir dans le garage d'une maison où M. Gevaudan avait été escorté par deux autres agents de la GRC.Il a administré à son tour la réanimation cardiorespiratoire, sa fatigue augmentant alors qu'il tentait l'impossible sur l'agent au cours des deux heures suivantes, entendant des coups de feu à proximité.Un an plus tard, il a dit croire que la ville avait perdu un peu de son innocence.«Désormais, si quelqu'un voit un quelconque incident, il appelle le 911 sans hésitation. Les gens ne sont plus aussi passifs que par le passé», a-t-il soutenu.Sur l'avenue Mailhot, Tim Daley et son ami Jason Vautour ont entendu des coups de feu et sont sortis de la piscine autour de laquelle leurs familles célébraient les premières journées de la chaleur d'été.Ils se sont appuyés sur la clôture, et ont croisé le regard d'un homme dans un habit de camouflage, lui demandant s'il était plus prudent que leurs familles se réfugient à l'intérieur.«Probablement», a-t-il laissé tomber. Plus tard, les deux hommes ont vu les images du tireur en ligne et ont réalisé que c'était bien l'assaillant aperçu dans la rue.